« Le jazz tisse sa toile... »
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« EUROPA OSLO » : L’ONJ... à Paris !

L’ONJ voyage encore

D 25 janvier 2017     H 17:00     A Alain Gauthier    


Il fait un froid de gueux, on se tasse comme une bande de manchots et on emplit le Studio 105 de la Maison de la Radio. À ras bord. L’Orchestre National de Jazz y crée en direct EUROPA OSLO, le dernier opus de son projet européen, composé par son directeur, avec des textes de Hans Petter BLAD.
Au second rang : Eric ECHAMPARD, batterie, Sylvain DANIEL basse électrique. Paul BROUSSEAU Fender Rhodes et effets.
Au premier rang : Olivier BENOIT composition et guitare, Fidel FOURNEYRON trombone, Fabrice MARTINEZ trompette et bugle, Hughes MAYOT sax alto, Alexandra GRIMAL sax ténor, Théo CECCALDI violon alto, Jean DOUSTEYSSIER clarinettes, Sophie AGNEL piano. Et tout devant, Maria Laura BACCARINI voix.

Ils démarrent très fort les quatre cuivres ( trombone, bugle, sax alto et ténor ) genre on vous saisit et on vous lâche plus, puis la voix ; un truc qui sonne intense, plein, rond, on se dit, une telle écriture, ça ne rigole plus, on oublie Europa Rome et son aventure très contemporaine et peu jazzy, on se cale solide au fond de son siège, on s’attend au meilleur. On nous promène de Ceccaldi en Douteyssier, Baccarini l’annonce « Don’t panic !!! » et puis Grimal, Ceccaldi encore.
Solide, groovy, c’est mieux qu’un teaser (un appât, un truc qui attire et donne envie, demain j’enlève le haut, etc.... ). Son titre : « Sense your breath ».
Avec Ear against the walls, le trio du fond, batterie/basse/clavier, installe une séquence rock. Ça pulse, on se sent bouger. Le groupe pousse des riffs dodus et Agnel lance un épisode répétitif, une cellule qui saute du piano au clavier et ne déparerait pas dans une œuvre de Phil Glass.
C’est vachement beau. Si le CD à venir est de la même eau, il ne va pas quitter les platines.
Intimacy débute par un duo guitare-piano, effets variés garantis avant de sonner acoustique, rejoint par Baccarini, ni castafiore ni murmurante phtisique : voix superbe, right place, right time, right emotion.
Benoit fait très fort : il joue des timbres comme un collectionneur compulsif, les vents viennent souffler la voix, le band pousse les riffs, tout ça groove terrible.
Comment dire ? Juvenilia, Glossary, Pleasures unknown complètent le concert et d’un bout à l’autre, c’est superbe et remarquable.
Qu’est-ce qui est remarquable ? Les soli de ces musiciens de jazz ( Mayot, Fourneyron, Benoit, Martinez, Agnel, Grimal, etc...) n’embolisent pas le temps qui passe, Benoît fabrique-imbrique des sous-ensembles à durée non durable ; on n’a pas le temps de s’habituer, hop hop hop, à peine repéré, le duo ou le trio ou... s’efface, un autre apparaît : trombone + trompette, les sax + le piano, la voix + le Fender, la rythmique + violon + clarinette. Et, comme si ça ne suffisait pas, ils changent de format, le duo devient trio, le trio quintet, le quintet tentet. Le violon et la clarinette se font entendre comme des voix voisines d’à côté, le batteur et le bassiste poussent tout ce joli monde avec une précision et un punch de super-léger affamé. On assiste à une immense conversation nourrie d’aller-retours entre les textes dits-chantés par Baccarini et les commentaires, ajouts, digressions des autres musiciens.
L’Orchestre National de Jazz à son meilleur.

Samedi 21 janvier 2017
Studio 105
Maison de la Radio
116, avenue du Président Kennedy
75016 PARIS