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EUROPAJAZZ n° 38

Échos du Final 2017

D 15 mai 2017     H 10:43     A Alain Gauthier    


info document -  voir en grand cette imageMercredi 3 mai 2017

Le FINAL 2017 commence pile poil au cœur de l’entre deux tours de la présidentielle et le jour même du débat. Pardon : DU débat.
Avec, à la Collégiale Saint Pierre à 12h15, pour laisser aux travailleurs ( il en reste, si si !! ) le temps d’arriver, Hélène LABARRIÈRE/Hasse POULSEN duo, elle à la contrebasse, lui la guitare. Un danois et une dame venue de Bretagne, autant dire un métissage tout ce qu’il y a de suspect pour ceux qui vivent dans la haine entretenue et recuite de l’étranger, de l’autre donc de soi-même.
Leur projet vise à jouer-interpréter ces petites choses qu’on chantonne ici et là, qu’on a stockées dans la mémoire collective, le big data musical. Ils commencent avec Sombre, un morceau de Poulsen et Labarrière prend un solo sur un ton énervé. Elle n’a pas trouvé de place pour garer sa voiture ? Elle y va avec une véhémence qu’on pourrait penser prémonitoire quant au débat du soir. Et lui, gentil garçon, lui répond cool mais non chérie, ça va aller. Elle enchaîne par un walk déterminé, lui comme à peine descendu du bus façon bluesman on the road again. On sent qu’ils prennent plaisir à revisiter, détourner, mettre leur grain de gros sel pas raffiné dans un truc hyper connu, à l’instant une chanson du film Phantom of the paradise.
Ils défigurent et recomposent Formidable de Stromae, Labarrière se fend d’un trégrobosolo.
Voilà, ils sont rentrés dans le truc, y’a pas que la technique dans la musique, y’a aussi l’émotion : ils la partagent avec Étoile vers poussière et Poulsen dépoussière ses pédales d’effets. C’est beau.
Sans déconner, on a beau savoir qu’on se trouve dans la collégiale avec ses grosses pierres empilées, ses poutres et tout et tout, on allumerait bien un feu de bois, un gros tas de branches ramassées sur la plage qui fumotent parce qu’encore humides ; on a l’impression de passer une soirée avec des potes qui ont sorti les instruments, défilent les chansons connues en se lançant dans des variations high level.
Tiens, voilà Berger avec Les uns contre les autres. Peut-être devrait-on militer pour changer le titre en Les uns avec les autres ?
On les rappelle, ils dégainent Dylan, prix Nobel de littérature. La classe.
Ça sonne mieux que du Clapton unplugged.

À la Fonderie, à 17 h pour YUMA.
Non, Yuma, ce n’est pas un ouesterne, c’est un octet. Non, pas le truc numérique, le septet plus un. Aristide d’AGOSTINO trompette, Thomas GRUSELLE trombone, Franck DUMAS sax alto, Thibault THIOLON sax ténor et clar, Thomas LEVERGER sax baryton, Samuel FOUCAULT contrebasse, Jean-Emmanuel DOUCET batterie et Arnaud EDEL, guitare et compositions.
Dés l’envoi, ce groupe sonne juste, c’est précis, incisif, on découvre une écriture soignée et équilibrée. Des soli courts dans les premières pièces puis de la place pour raconter des histoires plus longues. Cet octet a une couleur bien particulière, rien a voir avec une peinture métallisée qui t’esquinte les yeux, plutôt du genre mat chatoyant, rond, doux. Edel crée des petits duos variés qui ornent le développement des thèmes, guitare-tp, guitare alto, guitare-cb. Après Springfield, ils lancent Post Scriptum : vachement propre, superjustesse, mise en place millimétrée, nuances à la demande. Et puis Springback, magnifique avec les soli et les variations de rythme : un coup je galope un coup je marchote.
Très beau concert de cette bande de jeunes homogènes, appliqués, solidaires.
Bravo.

Alors, bon, le soir, à l’Abbaye de l’Épau, ça continue cette envie d’intégrer l’immigré.
Claude TCHAMITCHIAN sextet  : lui-même à la contrebasse, Géraldine KELLER voix, Daniel ERDMANN sax ténor, François CORNELOUP sax baryton, Philippe DESCHEPPER guitare, Christophe MARGUET batterie.
Ils démarrent fort, sans préliminaires. Des traces il va y en avoir si tu foules le sol en le frappant si tant. Contrebasse + sax baryton + sax ténor engagés dans un ostinato sombre et martelé, putain, tu ravines le chemin, tu chasses la terre, t’atteins la roche.
Et la voix de Géraldine « Allez ouste » !!!
On ne devrait pas être surpris de les entendre one more time aussi bluffants. Ben si. Corneloup envoie un solo hénaurme d’intensité, de durée, d’engagement. À se demander s’il sait encore fabriquer des petites choses aussi vite oubliées que conçues. On sent et devine que cette marche est inéluctable. S’arrêter ? Jamais ou tu crèves.
Alors marcher, marcher, marcher encore.
Erdmann se déchire aussi le plastron.
La voix persévère « Les chiens caillassent la maison, on ne sait pourquoi ».
Avec « Antika », la dernière suite de l’œuvre, Erdmann y va seul, puis Keller étourdissante « ce truc, donne-le moi ». Et ils s’y collent tous dans cette pulse de marche incantatoire, ne pas s’arrêter, un pied, l’autre, recommencer. Tchamitchian nous rappellera avec justesse que l’anagramme de Marine Le Pen c’est Amène le pire. Un peu de culture rigolotte ne nuit pas.

Daniel HUMAIR quartet clôt la soirée.
Lui-même à la batterie, Stéphane KERECKI contrebasse, Vincent LE QUANG aux sax ténor et soprano, Fabrice MARTINEZ aux trompette et bugle.
Un suisse, un asiatique, un espagnol.... Métisser, brasser, mélanger, en finir avec le sang bleu de l’entre-soi moisi.
Ce quartet de pros à l’américaine joue des thèmes virtuoses et casse-gueule ; chaque solo semble un défi pour le musicien tant par sa durée ad libitum que par la technique mise en œuvre et a tout de l’exploit à l’arrivée. C’est le cas avec Mutinerie de Portal et HuCheDu où Le Quang développe des soli étourdissants et Humair invente des histoires à faire ruisseler ses cymbales.
Ça pète le feu, c’est intense, ça tourne rond mais, comme dit une voisine, et l’émotion les mecs ? Quand est-ce qu’on frémit ?

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Jeudi 4 mai
La plus belle journée de la semaine murmurent les arbres. Bon, d’accord, mais au soleil et le dos au mur qui protège du vent coulis d’est.
La Fonderie aurait-elle repris du service dans la nuit ? Retrouvé les origines de son nom ? Parce que les musiciens du Elephant Tuba Horde arrivent avec des kilomètres de tuyaux enroulés en forme d’instruments zarbis : euphonium, saxhorn, tuba....
Le taulier, initiateur et transmetteur de la divine science du tuyau très coudé : François THUILLIER au tuba, son voisin Jonas REAL au tuba too, Anthony CAILLET, euphonium, bugle et compositions, Jean DAUFRESNE, Tom CAUDELLE et Camille GEOFFROY au saxhorn, Julien PARIS à la batterie.
Tout de suite on entre dans le groove funky avec un morceau qui laisse juste imaginer la grosse puissance potentielle de ces instruments, potentielle parce que retenue-contenue. On craint le coup de Jéricho et la chute des murs de la Fonderie ?
Ils célèbrent leur glorieux ascendant, le Steckar Tubapack avec The pack is back. Rien de plus réjouissant qu’un solo de saxhorn écouté les yeux fermés : on croirait entendre un trombone véloce et dans Sugar Beat Groove, les riffs de soutien font souinnnguer la machine comme une folle alliée.
Bien sûr, Thullier prend un solo magistral ( = de maître ) avec son gros gros instrument dans Chapter Two, et ses petits camarades l’écoutent sagement.
Le coté école de musique-harmonie municipale se dissipe dés qu’ils soufflent ensemble. C’est rond, plein, dodu, y’a pas une barbille qui dépasse. Caudelle nous annoncera la plus belle ballade du monde- tout le monde consulte sa liste perso : la javanaise ? La ballade irlandaise ? Que nenni : celle qu’il a composée, au nom le plus simple à retenir : CX1389. Magnifique, thème trétrébo, ça sonne rond, pas de trous dans le tout.
Bref, ce band a l’air auto-suffisant (il n’a besoin de rien !! ) pourrait se muer en glorieuse fanfare et imaginer sa rencontre improbable avec Urban Sax pour un coït urbain sponsorisé par la Manif pour tous, ah, le pied !!!

À l’Abbaye de l’Épau
Andreas SCHAERER’S HILDEGARD LERNT FLIEGEN avec Andreas SCHAERER, voix, Matthias WENGER et Benedikt REISING saxophones, Andreas TSCHOPP trombone, Marco MÜLLER contrebasse et Chritoph STEINER batterie. Cette fine équipe arrive de Suisse, encore des immigrés, putain Armand, tu le fais exprès d’énerver les nationalistes ?
Est-ce l’attente du chanteur, l’espoir de vivre LE concert du final ? La présentation qui en est faite comme d’un épigone de Médéric Collignon ? À la sortie, les avis sont partagés comme le souligne un radio-trottoir.

Ouais bof, on est un peu déçu. Qu’est-ce qui vous a déçu ? Le côté faussement belle équipe groupée. Tout tourne autour de la voix du Schaerer, tout est au service de sa voix. Et puis imiter un solo de trompette, quoi de neuf docteur ? En plus comme il prend pas mal de temps pour nous causer entre les morceaux, la jolie ambiance funky du premier morceau retombe comme un soufflé essoufflé. On le sait bien, plus il y a de trous dans le gruyère, moins il y a de gruyère....
Je le kiffe grave raconte une jeune femme devenue accro à la première prise. Je suis prête à partir en Suisse. J’avais dit à mon copain je rentre pas ce soir, j’ai un truc à faire. C’était mieux qu’avec votre copain ? Oh oui. Mais je le lui dirai pas comme ça. J’ai toujours été contre la polygamie mais à partir de maintenant, j’en ai un en France et l’autre en Suisse.

Selon un troisième, Schaerer en duo guitare-voix, c’est encore mieux. Même qu’il a déjà oeuvré avec Leïla Martial, c’est dire.
Donc tout n’est pas perdu. À réécouter.

Chris POTTER quartet prend la suite.
Chris POTTER sax ténor et soprano, David VIRELLES piano, Joe MARTIN contrebasse et Nasheet WAITS à la batterie.
Bizarrement, lui, du coup, c’est sans attente qu’on l’attend. Lui, le mec qui jouait déjà du sax dans le ventre de sa mère. Et dont il a fallu décoller les lèvres et les doigts du mini sax pour lui apprendre à emboucher le sein de sa maman.
Il cède à la mode technologique et enclenche du son contextuel. Une nappe de sons et hop !!! c’est parti. As usual la musique lui coule des doigts, pas un poil ne rebique, pas une goutte de sueur ne s’autorise à dégouliner. Le mec en mode comportements minimalistes, tout dans le sax. Le son, le phrasé, l’impro : tout paraît super. Mine de rien, la mise en bouche prend vingt minutes, on n’a pas entendu le temps passer.
Ensuite, le pianiste : il raconte des histoires, prend son temps, revient sur ses pas, passe d’une suite d’accords à une ligne mélodique, brillant le garçon. Et Potter qui est venu pour jouer du sax joue du sax. Même pas entêté, juste là. Il enchaîne les idées à une cadence hallucinante ; dans une phrase il y a quatorze idées d’exercices pour saxophoniste confirmé et sans déconner, ça semble tellement facile que c’en est dégoûtant, c-à-d à vous dégoûter...
Trente minutes la seconde pièce. Le temps d’un courant d’air comprimé.
Bon, qu’on se dit, il remet son ambiance électro, c’est la fin. Et bien non, non non, c’est le début du commencement des prémices de la fin qui se développe entre lignes à l‘unisson et nouvelles impros, la fin c’est quarante-cinq minutes plus tard, après avoir mis le feu sur scène. Le bassiste ne fait pas qu’aligner des temps forts et des temps faibles, la batteur fabrique en live un symphonie somptueuse.
Avec leur monstrueux niveau, ces quatre loulous installent la barre largement au-dessus des poteaux.
Prendre une claque, on appelle ça.

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Vendredi à la Collégiale, pleine comme un œuf de peinture à lancer sur les robokops.
Le duo Théo CECCALDI-Bruno CHEVILLON, violon et contrebasse, un choc inter générationnel.
Théo débute par des sons tirés-filés tout simples qui emplissent le lieu. Et servent de déclencheur, d’incipit, de If dans la séquence If... Then, d’action dans l’action-réaction, de cause dans le cause-effet de vice dans le vice versa et lycée de Versailles.
Une tranche de vie instantanée sans filet, sans harnais, sans camion de la protection civile sur le pied de guerre, bref : ils sautent dans le vide qu’il savent plein.
C’est furieux, tendre, sombre, enlevé, perdu-revenu, seul à deux, deux en un, errant, perdu-retrouvé, romantique, erratique, effréné-frénétique, à touam, à moite.
La labilité sans frein de l’ici et maintenant, ni plus ni moins, la transe du réel.
Heureusement qu’on fait la pause repas pour se remettre.


La Fonderie
Post K : Jean DOUSTEYSSIER clarinette et sax, Benjamin DOUSTEYSSIER sax basse et alto, Matthieu NAULLEAU piano et Elie DURIS batterie.
Post K comme après Katarina, l’ouragan qui a révélé au monde l’égoïsme infini de Bush junior quant à ses concitoyens de couleur. Tout le monde se souvient ou un rappel est nécessaire ?
Leur musique post Katarina coule de source : déconstruire, trier, faire des tas ici ou là. C’est sûr, ça énerve de ne pas savoir où ils veulent en venir avec ces bouts que chacun colle en l’air. Burroughs doit se poiler : des petits jeunes qui la jouent cut. Ça ressemble à un scrabble jazzy, des bribes avec lesquelles on serait ravi de créer une musique. Alors, donc crotte de bique à roulettes, comment ça s’appelle ? Je l’ai sur le bout de la langue, je ne connais que ça. Ça énerve.
Et puis soudain, sans prévenir, ils le jouent le thème : Euréka !!
On reconnaîtra Honeysuckle Rose, Dinah puis Tiger Rag joué à une vitesse déraisonnable. Of course, quand ils donnent le titre c’est plus facile. Mais ça ne les empêche pas de continuer de couper des bouts partout. Musique patchwork.
Très mimi.

À l’Abbaye de l’Épau.
DA DA DA avec Roberto NEGRO piano, Émile PARISIEN au sax soprano et Michele RABBIA à la batterie augmentée.
La petite ballade que Parisien susurre tendrement cache dans ses plis et replis la fureur du monde qu’ils honoreront dans un méli-mélo façon tire-toi le chaos, tu nous les brises avec tes humeurs émollientes. Pour jouer cette musique-là, il faut, pardon, IL FAUT être musicien de jazz donc déclaré apte à improviser. Parce que ce concert de musique vivante donc contemporaine ne ressemble à rien d’accoutumé. Dans le genre INOUÏ, simplement. Ligeti doit se marrer, Duthilleux pas moins. Le public apprécie. Merci Meignan, de ne pas avoir pensé à la place d’icelui en ne disant pas ça ne plaira pas à mon public. Prendre des risques dans la programmation, c’est offrir au public ce qu’il n’aurait pas écouté chez lui, emporté par sa tendance au moindre effort toujours recommencé.
Et merci à ces trois galopins. Dont deux sont des immigrés. Quoi ? La culture serait métisse ? Et pas blonde à gros nichons avec jupette en cuir et rangers cloutés ?

Michel PORTAL Quintet feat. Nils WOGRAM et Lander GYSELINCK clôt l’avant dernière soirée du final. Déjà.
PORTAL au sax soprano et clarinette basse accompagné de sa garde rapprochée insubmersible : BOJAN Z aux claviers et Bruno CHEVILLON contrebasse. Avec ces deux lascars, rien ne peut arriver sauf le meilleur. Au risque de le répéter, on dirait un festival de l’immigration. Portal, du pays basque ( c’est aussi à l’étranger que la Bretagne, non ? ), Bojan Z serbe, Wogram et Gyselinck, du nord au-delà des Hauts de France. Pfff, d’ici à ce que les nazillons sarthois se rebiffent...
Le batteur a des airs d’ado à peine sorti de la dernière crise d’acnée, tout frais, tout détendu. Lui, ses trente balais, il les entretient avec un produit miracle. Les rillons ? Est-ce qu’il se rend compte avec qui il est en train de se produire ? Des figures historiques du jazz actuel qui sont là, au bout de ses baguettes ?
Portal se lance dans un solo comme s’il avait vingt ans, sans calculer. Ce band intergénérationnel métissé tourne rond. La rythmique offre un confort ceinture et bretelles en plein cuir de vache massée au calva, le trombone fait le taf et plus que. Jolies envolées, pas d’essoufflement des idées, va au bout du bout. Les thèmes, sophistiqués ont un côté dansant-chantant. Comme si ça ne suffisait pas, Portal ( il doit être entré en résistance le garçon ) nous emmène en Afrique, à Cuba. Mais ni à la Trinité sur Mer ni à Hénin-Beaumont. Le batteur, qui frappe ses fûts et cymbales d’un geste enroulé, se fait entendre de belle manière sans prendre la grosse tête. Tout ça est joyeux, enlevé, on les rappelle et on voudrait bien qu’ils restent plus longtemps.

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Samedi à la Collégiale
Quatuor Machaut : Quentin BIARDEAU, Simon COURATIER, Francis LECOINTE et Gabriel LEMAIRE, sax divers.
Il fait un temps à se mettre à l’abri, c’est ce qu’a dû penser le public venu très nombreux se tasser dans la Collégiale, lieu épatant et idoine pour faire sonner la Messe de Notre Dame du Guillaume de Machaut. Lieu épatant : en à peine dix secondes, on se retrouve au cœur de la marmite à sons. Ils ont envahi l’endroit, jouent et se jouent de ses possibilités. On pourrait voir passer les ventres et les nœuds des sons graves des barytons. Ils sont quatre et jouent en chiliophonie. On entend un klaxon cosmique, une raboteuse galactique qui attaque les anneaux de Saturne et ces moments de polyphonie ancienne qu’on croirait que le Machaut l’a écrite juste pour eux, sa messe. Au kyrie succède le christe. On croit qu’ils tentent d’arracher les clous du torturé sur sa croix mais non, ça vire trétrédoux. Suave même. Avec le credo, on croirait entendre un son filé unique façon Watt, son enrichi de barbilles qui râpent et d’échardes sournoises avant de se transformer en un chœur d’hommes en pleine gloire.
Le baryton de Couratier tourne crazy et ces acolytes échoïsent du fond de la salle, là, on se dit Steve Reich, Phil Glass, La Monte Young : ils connaissent leurs classiques.
Et puis, pourquoi se priver ? Trois sax barytons, comme une ligne d’avant en mêlée, trois sax barytons c’est-à-dire puissance, velouté, vibration. Le sanctus. Notre sang tousse.
Ils terminent mais pas le lieu qui continue de vibrer.
Pour se laver l’esprit, l’âme et toutes ces petites choses intimes, c’est parfait et magnifique.
Grooooos succès.

À l’abbaye de l’Épau
Louis SCLAVIS Ensemble : lui-même aux clarinettes, Dominique PIFARELLY au violon, Benjamin MOUSSAY au piano, Sarah MURCIA à la contrebasse et Christophe LAVERGNE à la batterie.
À quoi ça tient d’intuiter dès l’entame que ça va le faire et même au-delà ?
Sclavis, motivé comme un CRS qu’on libère après trois heures stoïques sous les jets de pierres, Pifarelly pareil et Moussay aussi puis Lavergne et Murcia. Il y avait quoi dans les toasts aux rillettes ? Dans les airelles de la canette ? Dans les vapeurs vespérales de la Sarthe ?
Après Wisdom et Asian Fields, ils lancent deux compos à suivre, l’une Avant la marche de Sclavis et l’autre, Shadows and lights de Moussay. On pourrait extraire ce moment et le graver sur une démo, on y trouve la quintessence de leur concert : LE bonheur.
Sclavis duotise avec Murcia puis Moussay tout seul tout seul puis Sclavis le rejoint, c’est simplement superbe. On peut se raconter des trucs, les suivre à la trace, les doubler, les attendre. C’est rond, chaud. Et puis Pifarelly s’arrache un bras. Là, vraiment, tu te dis Machaut ce midi et eux maintenant, le pire peut arriver demain : RAB ( rien à branler ).
Ils sont à point, ont évité la cuisson lente et dédient la ballade suivante au sonorisateur qui après 38 ans de festival, va couler des jours tranquilles ailleurs.
La ballade tourne en valse presque lente : on serait passé devant une auberge avec un gramophone ? Un petit bal perdu ? Une fin de noces ?
On revisite les jours précédents et on hiérarchise autrement parce que ce concert là, il va laisser des souvenirs attendris.
À l’année prochaine !!