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Quatre garçons dont Le Van

Quand souffle l’esprit de Loïs

D 13 décembre 2017     H 05:00     A Dominique Giard    


Loïs Le Van Quartet – Jazz-club de Grenoble – 30 novembre 2017

Loïs Le Van : voix
Sylvain Rifflet : saxophone ténor
Bruno Ruder : piano
Chris Jennings : contrebasse

Monter skier en journée dans la douceur cotonneuse des épicéas nouvellement saupoudrés de blanc et se retrouver le soir à Grenoble pour écouter un jazz délicat et envoûtant dans une salle en rouge et noir, voilà un plaisir que n’aura pas goûté Montesquieu en son temps. L’esprit des lois, c’est ce soir l’esprit de Loïs Le Van ou plutôt de son quartet réunissant deux souffleurs -parmi lesquels se compte le vocaliste- et deux cordistes, si j’ose l’écrire ainsi en référence à une profession bien utile dans les Alpes. La corde relie les hommes et sauve bien des situations fâcheuses dont celle de se retrouver mal en point au pied d’un rocher. On y reviendra.

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Bruno Ruder, Loïs Le Van, Chris Jennings, Sylvain Rifflet

Jon Hendricks vient de quitter ce monde à un âge respectable mais, ce soir, foin de précipitation dans l’enchaînement des notes, quelle que soit l’admiration qu’on porte à la virtuosité de l’articulation des mâchoires. A chacun sa spécialité. Celle de Loïs Le Van, c’est la voix claire, posée, naturelle, tellement naturelle qu’on la croirait obtenue presque sans travail ni effort. Ce serait se méprendre, car il y a en fait tout un apprentissage en amont, passant par les USA et la Belgique (le Linx avec un i rôde dans les parages même si les chamois qui narguent d’en haut les lumières de la ville craignent plutôt celui avec un y…). Mais attention, ce groupe n’est pas celui d’un chanteur accompagné d’un trio, c’est un quartet où chacun est équitablement mis en valeur.
Bec bleu (et pas croisé) pour le sax ténor de Sylvain Rifflet qui dessine autour de la voix des volutes savoureuses, des claquements d’anche et de clapets, une seconde voix en quelque sorte, singulière et captivante. Sa doudoune bleue a tôt fait de rejoindre le vestiaire une fois le gratin de souffleurs chauffé, mais les lunettes rondes gardent la part énigmatique du personnage. Sylvain est bon, il faut l’écouter (on boira le vin à l’entracte)…
Point de baguettes ni de peaux : l’absence de percussions et de batterie est un choix assumé. Une telle voix en serait en effet submergée. La dynamique et la subtilité des cordes subtilement frappées par Bruno Ruder et rondement pincées par Chris Jennings y suppléent amplement. La sonorité d’ensemble navigue entre vigueur et douceur, visiblement en phase avec les paroles des chansons. Car il s’agit bien de chansons, la plupart originales et co-écrites avec François Vaiana, autre chanteur de « jazz ». D’ailleurs, que ce soit du jazz ou pas, peu importe, tant nous sommes happés et captivés par l’ambiance envoûtante qui se dégage de cette musique. Le choix de l’anglais comme langue unique de tout ce répertoire est lui aussi assumé : question de sonorités, nous a dit Loïs Le Van. Même si une partie du sens des mots nous a ainsi échappé, nous le lui pardonnons volontiers. Il s’en dégage une nostalgie heureuse et apaisée, en phase à ce début d’hiver en noir et blanc. Les mélodies rêveuses sont telles des traces dans la neige, fugitives et discrètes ; ne pas envahir le silence, pas besoin de se forcer à faire du bruit.
Le clou du concert, c’est la merveilleuse interprétation d’Alifib, chanson de Robert Wyatt extraite de l’album « Rock Bottom », l’œuvre d’un homme déchiré par la perte de l’usage de ses jambes suite à un stupide accident. Il y en a quelques-uns dans les parages à qui ça parle. Cette fois la falaise pourrait s’appeler Le Van Cliff tant il s’est approprié l’objet musical. Le quatrième homme (ou le premier, comme vous voudrez) nous confie avoir reçu dans son repaire du vieux Lyon une carte postale en apparence anodine mais qui émanait du batteur-chanteur-compositeur anglais avec ces simples mots : « You sing our song perfectly ». On ne le démentira pas.
Et pourtant, après la pause qui nous fait voyager au Chili grâce à l’excellent vin dénommé Viajador, des chaises se sont vidées dans la salle. Incompréhension ? Musique trop intimiste pour certains auditeurs ? Allez savoir ! Ce que je sais de mon côté, c’est qu’après avoir écouté avec tant de bonheur Le Van jeudi, je me suis repassé Le Van… le vendredi. C’est ça qui compte. Et comme chantait (presque) Elton John :

"He shall be Le Van
He shall be a good man…

P.S. : On vous fait grâce de l’énumération des titres joués/chantés, qu’ils soient originaux ou empruntés, cela n’a pas vraiment d’importance. Allez donc écouter ce groupe et/ou ce chanteur à la première occasion ; « hâtez-vous de vous embarquer sur cette flotte téméraire » vers des Indes –galantes ou non- qui vous parleront.


Le disque du quartet :


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