« Le jazz tisse sa toile... »
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Le Pérégrin Pérambule Encore - 14

D 28 octobre 2018     H 05:00     A Yves Dorison    


Quatorzième équipée ... sauvage

info document -  voir en grand cette imageLe 22 octobre 1964, Jean Paul Sartre refusa le prix Nobel de littérature. En ce 22 0ctobre 2018, harnaché et paré à l’échauffourée, le pérégrin du jazz que je suis osa le concert de rock, ce qui peut être considéré à tout le moins comme un exploit sinon philosophique du moins mémorable. Et pourquoi ? Je ne suis pas un héros que je sache et ma tête est encore sur mes épaules, ou presque. Alors pourquoi ? Pour écouter avec les yeux et photographier Miss Anna Calvi de passage dans notre lyonnaise contrée. Il faut dire que sa musique, entrée dans la vie de mes oreilles par effraction il y a quelques années maintenant (thank you NPR), s’est approprié une place à part en moi qui nécessite d’être épisodiquement nourrie. Une raison suffisante pour s’aventurer dans l’antre rock et musiques actuelles du Ninkasi Kao de Gerland et en ressortir vivant. Certaines choses ne changent pas, notai-je. L’odeur de bière et des toilettes débordées (si Jésus y était allé, il n’aurait pas marché sur l’eau…), par exemple. Mais hormis la fumée sur la scène (celle qui fait chier les photographes, donc moi), rien dans la salle ! Pas la moindre odeur à faire rire bêtement… La seule herbe visible l’était dans les yeux des DJ nommés Pratos qui ressemblaient à des lapins sévèrement touchés par la myxomatose. Cela ne les empêcha pas de m’assommer (ma fille aussi) pendant quarante-cinq minutes avec une sorte de programme radio noisy plutôt mal ficelé selon moi. Mais n’y connaissant rien, je refusai cependant de juger la prestation. Après tout, il y a bien des mondes dont j’ignore tout. Pas vous ?

Enfin (21 h 15), Anna Calvi et ses musiciens apparurent. Elle ? Une présence portée par un univers musical éminemment personnel qui, je l’admets volontiers, me laisse pantois depuis sa découverte. Qu’elle joua les morceaux du dernier album, Hunter, ou des titres plus anciens, elle ne fit pas dans la demi-mesure et démontra ses capacités à tenir une scène et un public avec autorité. Au corps à corps avec sa guitare acérée, il lui arriva de se comporter comme une rivière en crue, de déborder du cadre avec délice (délire ?) au profit d’envolées, soutenues par un lyrisme organique, qui justifièrent pleinement mes attentes. Son chant, toujours aussi primal, projeta la thématique du genre (ou du non genre, faites votre choix librement), inscrite a dessein dans l’ADN du dernier album avec une ampleur qui dut bien faire frissonner un paquet de morts ou deux. Les mêmes durent se pâmer béatement à l’écoute des ballades authentiquement mélodiques et singulières qu’elle compose, ce qui est un art difficile, reconnaissons-le, mais à la portée d’une musicienne inspirée, ce qu’à l’évidence elle est. Envoûtante et chargée d’émotions contraires, sa musique captiva par sa dramaturgie maîtrisée, au gré des ambiances et des brisures rythmiques, un public acquis à sa cause qui, bien que compréhensif, regretta (moi et ma fille aussi) la brièveté du concert. Soixante-quinze minutes, c’est un format auquel je ne m’habitue pas. C’est une plage temporelle ne permettant pas réellement d’aller au bout de la quête musicale et de l’expression scénique ; et le public peut légitimement s’interroger sur le respect qui lui est dû et sur le positionnement de l’artiste dans cette affaire. Est-ce son choix personnel ou est-ce la pression de l’industrie musicale, ou le rythme de la tournée ? Je n’en sais rien. En outre, la quasi absence de communication avec son public en gêna plus d’un. Bon, si mademoiselle Calvi est timide, on veut bien la pardonner. Si ce n’est pas le cas, que dire ? On ne pardonnera pas, par contre, aux sbires du lieu d’accueil de nous avoir chassés dès la fin du concert comme des clients ayant suffisamment consommé. Le jazz, c’est plus cool. Au moins, on échange avec les artistes, entre humains de bonne volonté. Mais ne mégotons pas, nous passâmes tout de même une belle soirée. Peace and « love the one you’re with ! »


Dans nos oreilles

Enrico pieranunzi & Thomas Fonnesbaek - Blue waltz


Devant nos yeux

James Baldwin - La prochaine fois, le feu


http://annacalvi.com/
https://www.ninkasi.fr/lieux/gerlan...