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Toine THYS Trio invite Sam YAHEL

Pour son nouveau CD The Optimist

D 23 février 2019     H 12:39     A Alain Gauthier (texte)    


Début de soirée, 18°. Les terrasses débordent, les rues grouillent. La rue des Lombards se métamorphose en rue des longs bars. Paris baigne dans les phéromones. Ça sent le grand coît pré-printanier qui pêle-mêle l’Abbaye de Thélème et les Copains de Jules Romains.

Karl Jannuska -  voir en grand cette image
Karl Jannuska

Au Centre Wallonie Bruxelles, grande affluence, inutile d’arriver la fleur au fusil en mode naïf j’ai vu de la lumière : le concert affiche complet sold out entradas agotadas, le concert de sortie du dernier CD The optimist du Toine THYS Trio. Lui-même aux clarinette basse, sax ténor et soprano, Karl JANNUSKA batterie et Hervé SAMB guitares, et leur invité Sam YAHEL à l’orgue Hammond.
Quelle bonne idée d’user de cet instrument massif ( bonjour son déplacement en soute ) : deux claviers, des tirettes, un pédalier. La douceur d’un souffle de vent sur le visage alliée à l’incandescence d’une tornade tumultueuse, tu tends l’oreille ( il joue, le mec là ? ) ou tu te les bouches ( au secours mes tympans !!).
Ambiance africaine dès l’entame avec Tête brûlée dont Samb enjolive le thème par des broderies, contrechants et autres zizouilles qui vont bien. On croirait entendre une kora groovante. À l’orgue, Yael fait respirer un solo en jouant avec les temps vides, épatant pour jouir du son voluptueux de sa machine. Avec The optimist, solo au soprano et réponse à l’orgue, ils finissent leur échauffement, le temps de se sentir arrivés totalement là et ensemble. Tempo pépère, déhanchement sans risque de niquer sa prothèse ( de hanche...),
Bravo, ode à l’auto-célébration genre « Aimez-vous vous-même », met en valeur Samb dans un solo pas du tout africain, grave lyrique ; poussé par les riffs des trois autres, Jannuska tricote sa version des faits qui pourrait s’intituler « ne laisse à personne le pouvoir de décider de ton bonheur à vivre ». C’est funky, c’est beau, c’est rond, c’est plein, c’est chaud.
Ils nous refroidissent le sang avec un hommage à un chanteur lyrique flingué au Dombass par un sniper russe, Cosmic Wassyl. Clarinette basse pour débuter, guitare acoustique et soprano pour continuer. Ça vaut largement une minute de silence, y’a que les épilés qui ne sentent pas leurs poils se dresser. On dirait qu’ils pratiquent une séance d’hypnose collective de haut niveau : on vous chauffe, on vous refroidit, on vous réchauffe, on vous enflamme, on vous carbonise, on vous laisse pantelants.
Warthog ( phacochère ) nous ramène au soleil : solide construction qui fait alterner, dans un à-toi-à-moi, solo de guitare et solo de sax, chacun poursuivant l’idée de l’autre, l’étirant, la subvertissant jusqu’au solo d’orgue monstrueux. Ils sont chauds bouillants comme on dit à la périphérie ( en belge : chauds comme une baraque à frites ). Si l’ensemble des morceaux s’inscrit dans la forme classique et repérable thème-solo-thème-, la construction de chaque morceau offre de jolies surprises, des détournements belges.
Avec Masque et plumes, ce moment avant l’after où on se compte, les survivants de la nuit, les résilients, les jusqu’au boutistes chez qui la vie pulse, insatiable, le ténor, moelleux comme un sein nourricier, la joue tendre et lassé, on sent bien que le jour ébrèche la nuit et que s’il n’y a pas un boulanger chez qui piller la grille de croissants, ça va être dur de tenir.
Bowing #1  : le duo orgue-sax ténor met ses tripes sur la table : thorax ouvert, coeur palpitant, d’une totale intimité, plus nu on ne fait pas. Respect.
Ils nous réveillent avec Grizzly ( un souvenir du précédent CD ) et on les rappelle. Fort.

Vendredi 22 février 2019
Centre Wallonie-Bruxelles
Rue Quincampoix
75004 PARIS

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