« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Sur scène » Sur scène en 2019 » À Caen : Nuit du Jazz 2019.

À Caen : Nuit du Jazz 2019.

Des racines et des ailes

D 8 avril 2019     H 05:00     A Jean-Louis Libois    


> Théâtre de Caen - vendredi 22 mars 2019 - 20h00

JPEG - 292.3 ko
© Gérard Boisnel - 2019

Comme il se doit, ces Nuits du Jazz concoctées depuis 25 ans par Michel Dubourg se décomposent en trois parties. Il revenait donc au batteur Simon Goubert et sa formation African Jazz Roots d’ouvrir cette fête d’anniversaire. On retrouve ce batteur aux côtés de nombreux musiciens français et l’on se souvient, peut-être plus particulièrement, du Trio BFG constitué d’Emmanuel Bex et de Glenn Ferris. Depuis 2009 Simon Goubert codirige la formation invitée avec le joueur de kora Ablaye Cissoko. C’est dire que le mélange jazz–musique africaine a eu le temps de mûrir. Et ce d’autant plus qu’à ces deux musiciens s’ajoute la pianiste Sophia Domancich, familière du batteur depuis de longues années également. C’est, en revanche, Jean-Philippe Viret qui succède, lors de cette nouvelle Nuit du Jazz, à cet autre contrebassiste réputé, Jean-Jacques Avenel. Tout le monde est en pays de connaissance et a pu tisser les liens entre deux musiques qui ont leurs racines en commun et des avenirs parfois divergents. La place centrale attribuée à cet instrument traditionnel sénégalais qu’est la kora et à son interprète n’est pas étrangère au sentiment de fusion qu’on a ainsi éprouvé. Tous les deux occupent une quasi position de leader dans la mesure où la kora loin d’être cantonnée à sa fonction d’instrument traditionnel joue jeu égal avec l’instrumentation classique du jazz ; c’est-à-dire en prenant de véritables chorus. Pour le reste, les compositions personnelles de Simon Goubert trouvant leur inspiration dans les paysages du Sénégal, cette première partie, entre jazz et musique ethnique, ouvrait la voie aux racines afro-américaines du trompettiste Theo Croker.

JPEG - 354.4 ko
© Gérard Boisnel - 2019

Roy Hargrove, décédé fin 2018, c’est à cet autre trompettiste qu’est revenu le soin de le remplacer. Pas encore connu du grand public amateur de jazz, avec ses quatre CD, sa tournée avec Dee Dee Bridgewater, il l’est par les professionnels. À juste titre d’ailleurs, tant ses qualités d’instrumentiste éclatent dans chacune de ses compositions. On pouvait attendre chez ce jeune homme de 33 ans, de la fougue, de la surenchère, la volonté d’en découdre avec ses aînés ou bien encore qu’il emboîte le pas à la mode des fusions… que sais-je encore ? Rien de tel ici, ce soir là. De la réserve qui laisse une belle place à ses volubiles compagnons, de la concentration au sens d’un discours concentré et des hommages à Sam Rivers, Elvin Jones et bien sûr à Roy Hargrove avec lequel il a joué, sont quelques unes des qualités fortement appréciées du public. Tout cela n’engendre pas la mélancolie car ses acolytes, tous les trois très en verve apportent, aussi bien Michael King aux longues improvisations sur son Fender Rhodes, Michael Ode aux rythmes implacables de sa batterie, qu’Eric Wheeler à la contrebasse très inspirée une densité sonore et une énergie rythmique que, de place en place, transperce la trompette de Theo Croker. Ce trio distille un groove qui volontairement contraste avec les interventions solitaires du trompettiste laissant éclater son lyrisme personnel qui n’est pas -parfois- sans rappeler la ligne claire de la trompette de Miles Davis en pleine époque « fusion ». Près de deux heures durant le quartette a ravi les oreilles et l’esprit des nombreux spectateurs qui découvraient ce musicien qui, enfin, laissait place au troisième invité de la soirée, la formation caennaise Hand Five (Patrick Martin au saxophone, Pierre Millet à la trompette, François Chesnel au piano,Bernard Cochin à la contrebasse et bien sûr Jean-Luc « Nesta » Mondélice à la batterie) que nous avons eu le plaisir d’évoquer récemment ici même. D’abord installée dans les Foyers du théâtre, le temps d’un set entre les deux parties, où les compositions toniques du batteur Jean Luc « Nesta » Mondélice, comblait un nombreux auditoire, elle donnait rendez-vous au public désireux de prolonger cette Nuit du Jazz dans le Café Côté Cour du théâtre pour une ultime jazz session et « bœuf »- comme il se doit- selon la tradition.

JPEG - 84.6 ko
© Sophie de Courrèges - 2019

Merci à Gérard Boisnel pour ses photos !


NUIT DU JAZZ 2019 - Théâtre de Caen - vendredi 22 mars 2019 - 20h00

African Jazz Roots : Simon Goubert batterie/ Ablaye Cissoko kora/ Sophia Domancich piano/ Jean-Philippe Viret contrebasse

Theo Croker : Theo Croker trompette/ Michael Ode batterie/ Michael King piano/ Eric Wheeler contrebasse

Hand Five : Patrick Martin saxophone/ Pierre Millet trompette/ François Chesnel piano/ Bernard Cochin contrebasse/ Jean-Luc « Nasta » Mondélice batterie


theatre.caen.fr

Dans la même rubrique

17 septembre – Yves Rousseau Septet « Fragments »- Under The Radar

16 septembre – Under The Radar, bis repetita

11 septembre – Under The Radar

14 août – UMLAUT BIG BAND à Gap

11 août – Vincent Lê Quang en trio, à Gap.