SARA SERPA – EMMANUEL IDUMA . Intimate Strangers

Biophilia records 2021 / Bandcamp

Sara Serpa : voix, composition
Emmanuel Iduma : texte, voix parlée
Sofía Rei, Aubrey Johnson : voix
Matt Mitchell : piano
Qasim Naqvi : synthé modulaire

SARA SERPA – EMMANUEL IDUMA . Intimate Strangers - Biophilia records 2021
SARA SERPA – EMMANUEL IDUMA . Intimate Strangers - Biophilia records 2021
© Biophilia Records

Vocaliste portugaise basée aux USA, Sara Serpa s’associe au poète-écrivain nigérian Emmanuel Iduma pour imaginer ce voyage musical poétique et philosophique. Les voix parlées, chantées, parfois collectées lors de voyages s’assemblent sur une trame instrumentale en draperie pour évoquer le mouvement (migratoire), l’enracinement/déracinement, le chagrin, l’absence et le désir. Avec son texte "Intimate Strangers", Emmanuel Iduma construit un atlas d’un monde sans frontières. Cet album publié sur le label « écologique » Biophilia Records est la bande son d’un spectacle multimédia, une œuvre singulière dans laquelle on retrouve avec bonheur le piano de Matt Mitchell, musicien majeur ouvert à bien des expériences.
Une fois encore, Sara Serpa (qui fut l’élève et la complice du pianiste Ran Blake) propose un projet courageux et engagé comme ce fut le cas avec Recognition - Music for A Silent Film qui rappelait le passé colonial de son Portugal natal (Biophilia - 2020). Une musicienne qui avance avec lucidité et détermination : elle mérite notre écoute !

Thierry Giard


saraserpa.bandcamp.com/intimate-strangers


  RAPHAËL IMBERT QUARTET . Oraison

OutNote records / Outhere distribution

Raphaël Imbert : saxophones soprano, alto, ténor, clarinette basse, compositions
Mourad Benhammou : batterie
Pierre Fénichel : contrebasse
Vincent Lafont : piano

RAPHAËL IMBERT QUARTET . Oraison - OutNote
RAPHAËL IMBERT QUARTET . Oraison - OutNote
© OutNote Records

Avec cet album paru à la rentrée 2021, Raphaël Imbert invite à un cheminement imaginaire à travers les rues d’Oraison, bourgade des Alpes de Haute-Provence où il résida un temps. Jouant sur la polysémie du titre, il donne à sa musique une sensibilité presque liturgique pour évoquer cette ville dont les rues portent les noms de ses victimes de la première guerre mondiale. Une "ville monument aux morts" dit-il, un cas singulier en France. Curieusement, compte tenu de la carrière de ce musicien au parcours si atypique, c’est la première fois qu’il propose un disque en quartet avec piano. Un hommage sobre, profond, assagi à une forme instrumentale assez académique dans le jazz. Serait-ce un effet de l’évolution personnelle et professionnelle du musicien ? Lui qui se revendique autodidacte est devenu, en 2019, directeur du vénérable et fort respectable Conservatoire Pierre Barbizet à Marseille… C’est dans son bureau "historique" de directeur qu’a été enregistré ce disque avec la complicité de solides musiciens et parmi eux le contrebassiste Pierre Fénichel, décidément incontournable sur disque ces derniers mois !

Thierry Giard


outhere-music.com/Oraison


  FRÉDÉRIC BOREY BUTTERFLIES TRIO FEAT. LIONEL LOUEKE . Butterflies Trio…

Fresh Sound Records FSR 5117 2021 / Socadisc

Frédéric Borey : saxophone ténor
Damien Varaillon : contrebasse
Stéphane Adsuar : batterie
+ Lionel Loueke : guitares, voix sauf sur 03, 07, 11

FRÉDÉRIC BOREY BUTTERFLIES TRIO FEAT. LIONEL LOUEKE . Butterflies Trio… - Fresh Sound
FRÉDÉRIC BOREY BUTTERFLIES TRIO FEAT. LIONEL LOUEKE . Butterflies Trio… - Fresh Sound
© Fresh Sound 2021

Frédéric Borey est un musicien passionné de jazz avant même d’être un brillant saxophoniste qui s’exprime avec sobriété. Son goût pour les couleurs instrumentales harmonieusement nuancées a retenu, dès 2007, l’attention de Jordi Pujol, le producteur du remarquable label barcelonnais Fresh Sound Records. Pour ce second album entouré de ses complices du Butterflies Trio, Il a invité son ami de longue date, le désormais célèbre guitariste béninois Lionel Loueke. Cette musique sensible et chatoyante sait équilibrer le sens de la mélodie et les espaces d’expression des solistes. Une vraie musique de groupe qui s’envole et papillonne vers de nouveaux espaces, portée par la guitare polymorphe et la voix chaleureuse d’un Lionel Loueke toujours habile pour se fondre dans des contextes où il se sent bien.

Thierry Giard


www.fredericborey.site . www.freshsoundrecords.com/frederic-borey-butterflies-trio


  LENA BLOCH & FEATHERY . Rose of Lifta

Fresh Sound New Talent / Socadisc

Lena Bloch : saxophone ténor
Russ Lossing : piano
Cameron Brown : contrebasse
Billy Mintz : batterie

LENA BLOCH & FEATHERY . Rose of Lifta - Fresh Sound New Talent
LENA BLOCH & FEATHERY . Rose of Lifta - Fresh Sound New Talent
© Fresh Sound New Talent

Partie de sa Russie natale pour s’installer finalement à Brooklyn, Lena Bloch a pleinement conscience du déchirement que provoque le déracinement. En cette période où les migrations sont si nombreuses et provoquent tellement d’antagonismes, elle a imaginé une musique apaisante et souvent méditative pour traduire son ressenti. On la retrouve avec son quartet Feathery, en présence de l’illustre Cameron Brown à la contrebasse et du formidable pianiste si méconnu en France, Russ Lossing. Cette musique d’ensemble prend parfois l’allure d’une musique de chambre, toute en finesse mais sans faiblesse. La saxophoniste se fond dans le collectif et on n’en apprécie que mieux sa voix singulière qui avait déjà retenu notre attention en 2017 avec l’album Heart Knows, également chez Fresh Sound.

Thierry Giard


www.lenabloch.com. www.freshsoundrecords.com/lena-bloch . [lenabloch.bandcamp.com>https://lenabloch.bandcamp.com/]


  WHIT DICKEY – MATTHEW SHIPP – WILLIAM PARKER . Village Mothership

Tao Forms – AUM Fidelity TA006 / Orkhêstra

Whit Dickey : batterie
William Parker : contrebasse
Matthew Shipp : piano

WHIT DICKEY – MATTHEW SHIPP – WILLIAM PARKER . Village Mothership - TAO Forms
WHIT DICKEY – MATTHEW SHIPP – WILLIAM PARKER . Village Mothership - TAO Forms
© TAO Forms - AUM Fidelity 2021

Les trios piano-contrebasse-batterie sont légion dans le jazz aujourd’hui et ils reproduisent souvent des formes stéréotypées assez ennuyeuses. Il en va tout autrement du triangle parfait que forment Whit Dickey, William Parker et Matthew Shipp ! Ces maîtres défricheurs du jazz libre Outre-Atlantique gardent un fort attachement au patrimoine historique du jazz pour mieux s’en affranchir. Avec Village Mothership, ils rappellent avec autorité qu’ils font partie des rares musiciens qui peuvent revendiquer la maîtrise de l’Art du Trio. Ils remettent à leur juste place certaines stars adulées des médias et des programmateurs !
Signalons que Matthew Shipp vient de publier aussi un nouvel album en piano solo, Codebreaker, sur le même label Tao Forms. Tout cela est incontournable, évidemment !

Thierry Giard


aumfidelity.com/tao-forms . taoforms.bandcamp.com/village-mothership


  GIOVANNI GUIDI . Ojos de Gato

CamJazz / L’Autre Distribution

Giovanni Guidi  : piano, Fender Rhodes, compositions
James Brandon Lewis : saxophone ténor
Gianluca Petrella : trombone
Brandon Lopez : contrebasse
Chad Taylor & Francisco Mela : batterie, percussion

GIOVANNI GUIDI . Ojos de Gato - CamJazz
GIOVANNI GUIDI . Ojos de Gato - CamJazz
© CamJazz 2021

J’ai découvert Giovanni Guidi il y a dix ans sur disques et en concert (EuropaJazz festival du Mans). Un pianiste qui possède un tel sens de l’écoute dans le jeu collectif, qui sait s’arrêter de jouer pour libérer des espaces et mieux revenir dans le jeu du jazz, c’est rare ! Qu’il joue avec ses propres formations, en duo avec son fidèle complice (ici présent) Gianluca Petrella, il est toujours captivant. Enrico Rava, le trompettiste, l’a d’ailleurs très vite intégré à ses projets (écouter « Edizione Speciale » – 2021). Avec des yeux de chat (Ojos de Gato) et une fine équipe de musiciens (américains + Petrella), il scrute le jazz de la fin du XXè siècle en une série d’hommages (Carla Bley, Franco d’Andrea, Aldo Romano, Don Cherry, Dollar Brand…) avec l’ombre du Gato Barbieri de cette époque (le chapeau de la pochette ?) qui transparaît dans la sonorité puissante et granuleuse du saxophone de James Brandon Lewis. Très beau disque sur le label romain CamJazz.

Thierry Giard


www.giovanniguidi.it/ojos-de-gato . www.camjazz.com/ojos-de-gato


  MUSIC FOR A WHILE . Essays

Grappa

Tora Augestad : voix
Stian Carstensen : accordéon, pedal steel guitar, banjo
Trygve Brøske : piano, orgue
Mathias Eick : trompette
Martin Taxt : tuba
Pål Hausken : batterie, percussions

Invité :
Magnus Steveland : voix (7)

Réinterprétant des pièces maîtresses de la chanson classique, le groupe Music for a While continue avec ce quatrième disque une recherche musicale aussi incongrue que magique. Après Graces that refrain (2012) et Canticles of Winter (2014), Essays complète de facto une trilogie dédiée aux interprétations de la musique classique. Avec des chansons écrites sur trois siècles, entre 1614 et 1911, des maîtres baroques de Monteverdi, Rameau et Charpentier, à l’ère romantique de Schumann, Brahms, Grieg et Fauré, le groupe évolue dans un rayon élargi de la création musicale. Les chansons de l’album sont chantées en français, italien, allemand et norvégien, ainsi qu’en anglais avec deux chansons d’Elgar et Engel. Au plan thématique, tous les titres de cet album se réfèrent à une thématique de l’amour et de la nostalgie. Les histoires narrées s’appuient sur l’imagerie intrinsèque qui les habite. L’ambiance hautement paisible de l’enregistrement lui confère une forme de grâce sereine qui donne à l’auditeur l’occasion d’un abandon réconfortant, loin de toute turbulence. Ajouter à cela les orchestrations et l’instrumentation originales du groupe, la voix de Tora Augestad, et vous obtenez un ovni musical qu’il serait véritablement stupide de manquer.

Yves Dorison


https://www.toraaugestad.no/news/music-while-presents-its-new-album-essays


  GORDON BECK . Sunbird

JMS

Gordon Beck : piano, Fender electric piano, compositions
Alan Holdsworth : guitares électrique & acoustique
Jean-François Jenny-Clark : contrebasse
Aldo Romano : batterie, percussions

À une époque où il n’y avait pas autant de labels que de musiciens, JMS, fondée par Jean-Marie Salhani en 1975, était une maison qui a compté dans le paysage discographique français. Il suffit de consulter son impressionnant catalogue. Deux numéros qui en sont issus viennent d’être réédités en CD. L’un est consacré au pianiste anglais Gordon Beck (1935-2011) largement découvert en France grâce à sa participation à l’European Rhythm Machine de Phil Woods, sans oublier l’admirable accompagnement qu’il fournissait à la chanteuse Helen Merrill. Enregistré en 1979, “Sunbird” présente une musique bien dans l’air du temps, dynamique, aventureuse, rythmiquement très enlevée. 40 ans plus tard, le bonheur de l’écoute est renouvelé, malgré l’utilisation, certes limitée, du piano Fender très en vogue à l’époque mais qui la date un peu – Olivier Hutman, voir ci-dessous, y sacrifie également – et les solos quelque peu “rock tout-fou” du guitariste. Mais c’est avant tout la fraîcheur, la spontanéité, la générosité et le plaisir de jouer caractéristiques de cette période qui l’emportent. Sans oublier l’autorité et le lyrisme de ce grand pianiste.

Jean Buzelin


  ÉRIC LE LANN . Night Bird

JMS

Éric Le Lann : trompette, bugle
Olivier Hutman : piano, Fender Rhodes, Prophet 5
Cesarius Alvim : contrebasse
André Ceccarelli : batterie

Après celui du soleil, l’oiseau de nuit ! L’écoute de ce disque, enregistré en 1983, constitue (pour moi) une véritable (re)découverte, celle d’un musicien qui, loin de chercher l’exécution parfaite – il y arrive quand il veut – prend des risques, s’aventure sur la corde raide en une sorte d’équilibre instable qui stupéfie l’auditeur. Le son de sa trompette est superbement maîtrisé et son jeu s’entend comme une ribambelle d’éclats qui proviennent de “l’intérieur” de l’être – le musicien – et de l’essence même du jazz. On a souvent inscrit Éric Le Lann, qui n’a rien d’un revivaliste, dans une lignée Miles Davis/Chet Baker. Je veux bien, mais j’irai voir aussi du côté de Lee Morgan, de Nat Adderley, et pourquoi pas de Ted Curson, de Booker Little, de Charles Tolliver au bugle ?... Mais ne cherchons pas à comparer, écoutons Éric Le Lann. Une musique à fleur de peau, sensible, presque fragile, le jazz dans toute sa vérité, sa beauté et son intemporalité.

Jean Buzelin


  YAKIR ARBIB . Three Colors

JMS

Yakir Arbib : piano
Chris Jennings : contrebasse
Roberto Giaquinto : batterie

Le label JMS est toujours bien vivant, en voici une preuve irréfutable. Né à Jérusalem en 1989, Yakir Arbib s’est fait connaître il y a deux ans en France par un album de piano solo remarqué (il avait déjà réalisé plusieurs disques auparavant dans des configurations variées). Pianiste brillant doté d’une culture et d’une pratique vastes, du classique à l’improvisation libre, il semble privilégier la mélodie et la sensibilité, comme on peut l’entendre dans ce nouvel opus pour lequel il a fait appel au contrebassiste très demandé Chris Jennings et à son partenaire depuis 2008, Roberto Gianquinto, batteur intéressant à la frappe sèche. Dix pièces (huit de sa plume et deux standards) composent, malgré leurs différences, un album cohérent où l’on apprécie le jeu vif, le toucher précis, la qualité du son, le sens de la mélodie et du chant, tant sur les morceaux rythmés et dansants dont certains évoquent son pays natal, que sur d’autres plus intériorisés. Une musique profonde, honnête et absolument pas apprêtée, il faut le souligner. D’où le grand plaisir que l’on prend à écouter ce beau disque.

Jean Buzelin


  PIERRE DE BETHMANN Ilium, Complexe

(rééditions)

Aléa

Pierre de Bethmann : Rhodes
David El Malek : saxophone ténor
Michael Felberbaum : guitare
Clovis Nicolas : contrebasse (“Ilium”)
Vincent Artaud : contrebasse (“ Complexe”)
Franck Agulhon : batterie

Aléa réédite la série d’albums du projet « Ilium » du pianiste et compositeur Pierre de Bethmann parus dans les années 2000 au sein du label Blue Note. Suite à l’aventure du trio Prysm , Pierre de Bethmann conçoit le projet « Illium », d’abord en quintet puis en sextet et enfin en quartet. L’ambition était d’élaborer un programme de compositions ambitieuses autour du son du piano Rhodes, entouré d’un groupe stable de solistes talentueux, au premier rang desquels le saxophoniste David El Malek qui allait devenir dès lors un compagnon de route.
Cinq disques allaient émerger de cette décennie, en premier lieu donc « Ilium » et « Complexe » tandis que la réédition de « Oui » et de « Cubique » est annoncée pour le printemps prochain suivie par celle de « Go » probablement fin 2022.
Nous l’avions quitté (Culture jazz, février 2020) avec ses récents Essais 3 et 4 parus en 2020 en saluant la réussite de ces deux opus qui empruntaient aussi bien aux standards, à la variété, au classique qu’au répertoire jazz tout court et qui permettaient de mesurer l’ampleur du parti pris de l’improvisation en dépit de la contrainte initiale des compositions. On retrouvait bien sûr dans ces deux parutions récentes les qualités du musicien .mais aussi celles du compositeur.

Ce retour à l’immédiat après Prysm, sous la forme de ces « Ilium » et « Complexe », permet d’apprécier, en outre, le compositeur en laissant libre cours à son inventivité qui semble sans limite et à son infatigable virtuosité. Jouer selon lui, c’est improviser. Composer ne vaut que par ses jeux de miroirs disposés sur le parcours qu’il tend à ces musiciens. Impossible d’assujettir son désir d’improvisation à un quelconque thème. Ainsi qu’il l’explique clairement lui-même, un thème ne saurait être le prétexte pour improviser dessus ensuite, fût-il comme ici (ainsi que l’ensemble des compositions) de son fait. Le thème est déjà à lui seul un canevas rythmique complexe. La recherche sur les couleurs harmoniques et la complexité rythmique sont au coeur de l’écriture pianistique. Cela suppose, une grande complicité avec ses musiciens et en tout premier lieu avec le saxophoniste David El Malek, dans un dialogue incessant et toujours stimulant que viennent enrichir à tous moments le superbe guitariste Michael Felderbaum ainsi que les non -moins formidables, Franck Agulhon batteur, Clovis Nicolas (Ilium) et Vincent Arthaud (Complexe) à la contrebasse.
Parfois, on rêve d’être aussi infatigable que lui !

Jean-Louis Libois


http://pierredebethmann.fr/fr/


  THE PETE ELLMAN BIG BAND . The twelve grooves of Christmas

One Two Three Records

Kurt Elling, Katie Ernst : chant
Roger Ingram, David Katz, Daniel Moore, Bryan Miller, Pete Ellman : trompette
Steve Schnall, Ian Letts, Andy Schindler, Chris Werve : Saxophone
Ted Hogarth : clarinette basse, saxophones baryton et basse
Andy Baker, Keith Pitner, Rich Clark : Trombone
John Blane : Trombone basse, tuba
Larry Harris : piano
Aaron Kruger : guitare
Keith Brady : basse
Matt Plaskota : batterie
Rich Trelease : percussions

Vous allez finir par croire que votre serviteur voue un certain culte aux disques de Noël… Alors notez bien qu’en vous procurant cet enregistrement vous ferez une bonne action puisque la moitié de ses gains sont alloués au Programme « Gifts » initié par Pete Ellman et ses musiciens : Giving Instruments For Teaching Students, et qui consiste, vous l’avez compris, à donner des instruments à des jeunes sans moyens, dans la région de Chicago, afin qu’ils puissent apprendre la musique. L’autre intérêt de ce disque est strictement musical. Pour une fois, les chants de Noël ne baignent pas dans la mièvrerie. C’est du pur jazz dans la tradition des big band, avec un swing impeccable. Ça groove quoi, et les arrangements sont tout ce qu’il y a de convaincant. Les solistes sont excellents et l’ensemble du groupe fait preuve d’une cohésion et d’une musicalité assez fameuses pour être signalées. C’est joyeux, clairement, comme on dit maintenant, et c’est donc beaucoup plus qu’un énième disque avec des boules et des guirlandes. Alors quitte à choisir une galette à offrir pour le 25 décembre, entre le trompettiste à la mode en France et le Pete Ellman Big Band, nous vous conseillons sans l’ombre d’un remord ce dernier.

Yves Dorison


http://pebb.net/


  INK . Climax

Léonard Kretz : saxophones
Sébastien Valle : piano, claviers
Lionard Ehrhart : basse
Victor Gachet : batterie, samples, effets

Invité : Ena Eno

3rd Lab

Un premier disque ? Pas tout à fait. Un avant-goût d’un album à paraître début 2022. Avec trois titres puissants et annonciateurs de la suite. Ce quartette venu de l’Est (de la France) alterne séquences jazz cool et rock incantatoire ; le passage de l’un à l’autre se faisant très naturellement. Acoustique et électronique semblent devoir faire bon ménage sous l’inspiration et l’impulsion du batteur Victor Gachet relayé par le saxophone Léonard Kretz et le pianiste Sébastien Valle aux claviers.
Le tout de bonne augure et une bonne « mise en oreille » avant la parution de l’album au grand complet.
Affaire à suivre donc.

Jean-Louis Libois


www.ink-jazz.com


  RENÉ BOTTLANG . Buenos Aires

Meta Records
René Bottlang : piano solo

Enregistré à Buenos Aires en novembre et décembre 2015, ce nouveau disque en solo de René Bottlang précède donc de cinq ans le superbe “Biographies” récemment recensé (voir la revue “Et pourtant ils tournent...” 11/11/2021). Mais contrairement au précédent consacré aux compositions de Ralf Altrieth, celui-ci ne comporte que des pièces originales, hormis Blowin’ in the Wind de Bob Dylan et Nostalgia in Times Square de Charles Mingus, surgit spontanément des doigts du pianiste pendant une improvisation. À nouveau, nous sommes frappés par l’extrême musicalité de ces pièces, la sensibilité, la finesse et l’autorité du jeu de piano, le sens de la mélodie, la qualité du toucher. Aucune précipitation, on prend le temps de penser la note, de la poser, de la faire résonner avant de passer à la suivante – grande leçon de Mal Waldron avec qui René avait joué et enregistré naguère en duo. Et ne cherchons pas ici quelque réminiscence de tango ou autre musique folklorique argentine, comme le souligne Tom Gsteiger : “Bottlang n’a pas voyagé en ethnomusicologue à travers le pays, il s’est laissé imprégner par les ambiances, les visages, les paysages, la cuisine et les sonorités pour les laisser doucement s’instiller dans sa musique.” Bien présenté sous une peinture de Ralf Altrieth et avec un joli livret album-photos de voyage, ce disque, aussi beau que le précédent, nous montre que l’objet compact a encore sa raison d’être.

Jean Buzelin


www.metarecords.de
https://meta21.weeby.com


  JOËLLE LÉANDRE . At Souillac en Jazz / Live in Calès’ church

Ayler Records
Joëlle Léandre : contrebasse solo, voix

Je fais souvent le rapprochement entre une performance musicale totalement improvisée et une peinture abstraite gestuelle. Qu’elle se présente seule, en duo avec un partenaire de longue date ou en quartette avec des gens qu’elle rencontre pour la première fois, Joëlle Léandre se met en situation d’occuper l’espace – ici une église – et de le remplir avec son outil – la contrebasse – jetant notes et sons comme Jackson Pollock recouvrait une surface dont il faisait le tour sans s’arrêter, jetant ses couleurs selon la technique du dripping. (Lorsqu’elle n’est pas seule, évidemment elle partage, mais cela ne change rien). Cette nouvelle performance, effectuée en juillet dernier dans le cadre du festival Souillac en Jazz, comprend six séquences dénommées Calès (du nom du village où se trouve cette église), plus deux Calès supplémentaires enregistrés après le concert. Travaillant quasi-exclusivement à l’archet avec la virtuosité qu’on lui connaît, Joëlle conduit tambour battant son “récital” de deux mains de maître, explorant les graves grondants, les contrastes saisissants, les hauteurs de son, les ruptures rythmiques, l’enrichissant de craquements, de stridences aiguës, de frappes, de circonvolutions, d’interventions vocales, dans un apparent désordre. Or, sa performance est parfaitement “composée”, mise en scène, avec un début et une fin ; une organisation spontanée, pourrait-on dire, dont on peut apprécier la richesse après la dernière note, et surtout en repérer toutes les nuances et subtilités grâce au disque (c’est pourquoi Joëlle Léandre en publie beaucoup). Celui-ci me paraissant particulièrement réussi et représentatif de son œuvre, je le recommande vivement à tous ceux pour qui le “désordre” est aussi une volonté de lutte contre le conformisme de bien des productions musicales actuelles.

Jean Buzelin


  CHRISTOPHE LELOIL . OpenMindeD

Onde Music

Christophe Leloil : trompette, bugle
Julia Minkin : voix
Andrew Sudhibhasilp : guitare
Pierre Fenichel : contrebasse
Cédrick Bec : batterie

Trompettiste de renom ayant effectué ses débuts au Conservatoire de Caen, Christophe Leloil s’établit, en même temps que sa réputation, à Marseille où il retrouve les chemins du Conservatoire… comme formateur. Et les disques suivent au rythme de ses collaborations. Hier, c’était la pianiste Carine Bonnefoy puis cette autre pianiste Perrine Mansuy et c’est, aujourd’hui, la chanteuse américaine Julia Minkin installée, ces dernières années, à Marseille qui s’associe à ce nouveau projet Openminded.
De toutes ces rencontres naissent des climats variés voire contrastés mais avec la continuité du (souvent) compositeur (et toujours) interprète Christophe Leloil.
L’apport de la voix à l’exception des titres purement instrumentaux (« Long GoneBallad », « Andalucia ») impose nécessairement une hiérarchie dans l’instrumentation. Se mettre à son service en l’accompagnant, jouer avec, en improvisant (« Chemical ») ou bien encore l’instrumentaliser elle même en en faisant un instrument à l’égal des autres. Les deux premières options ont le plus souvent la préférence des auteurs. Et cela donne des titres où la chanteuse est mise en avant et d’autres où instruments et voix dialoguent à l’unisson, avec beaucoup de subtilité de part et d’autre. Ainsi l’interprétation aux réminiscences pop-country de ce beau titre de l’album« Paper Anniversary » qu’accompagne tout en nuances, avec beaucoup de complicité le trompettiste C’est aussi vrai, bien sûr, pour le guitariste Andrew Sudhibhasilp, familier de la chanteuse.
Tout cela contribue à sceller l’unité et la complicité des interprètes qui sont, en dehors du leader principal contributeur, à tour de rôle compositeurs des titres de ce disque très attachant.
Le 12 janvier prochain, concert de sortie, Le Bal Blomet à Paris.

Jean-Louis Libois


https://www.artsetmusiques.com/jazz-musiques-actuelles/openminded/


  JOËLLE LÉANDRE . Beauty Resistance

Not Two Records

Ayler Records
Joëlle Léandre : contrebasse
Mateusz Rybicki : clarinette
Zbigniew Kozera : contrebasse
Rafal Mazure : guitare basse acoustique
Zlatko Kaucic : percussions

S’il y a quelqu’un qui ne cédera jamais à la facilité, qui ne renoncera jamais à sa révolte et à ce que certains nomment « radicalité », en ces temps troublés où seule la normalité de quelques uns à droit de citer, c’est bien elle infatigable globe trotteuse. Son combat nous le comprenons nous qui voyons un monde se liquéfier à force de murs, de replis, de rejets, de surdités ou de manques de repères. Ça ne veut pas dire non plus que la radicalité dise non à tout et qu’elle soit la seule à le dire ouvertement, les chemins sont multiples, seul compte la beauté et la résistance fut elle protéiforme. Et c’est bien de ça dont il s’agit dans ce triptyque pré-pandémique. Que Joëlle soit elle même allée dans un pays où le conservatisme et la réaction sont à la manœuvre, n’est pas pour nous surprendre car c’est parfois dans ces endroits difficiles où le clair et l’obscure s’affrontent, que jaillissent les moments les plus créatifs. Certes nous pouvons prendre peur parfois tellement l’énergie qui parcourt ces enregistrements ont quelque chose de tellurique et de remuant mais reconnaissons le courage et l’abnégation de cette grande dame de la musique improvisée et de son refus de renoncer à ce qui fait son discours ici du quartet (à deux contrebasses) aux duos du moment qu’on interroge notre monde, sa beauté (qu’est ce le beau), et la résistance (qu’est ce que résister). On en vient dans ces rencontres, dans les discours ici joués, aux questionnements, et d’écouter comme d’éventuelles réponses ce bel ensemble de trois disques.

Pierre Gros


https://www.nottwo.com/