Création mondiale à l’Atelier du Plateau qui devient ce soir l’omphalos du monde. Héloïse DIVILLY, batterie et compositions, n’a pas choisi les plus manchots pour accompagner son projet : Catherine DELAUNAY, clarinette, Hélène LABARRIÈRE contrebasse et Paul JARRET guitare et quincaillerie électro, autant dire le dessus du panier. Et, ce soir, pour une fois en ce lieu dédié à l’acoustique, ces trois-là ont leur musique amplifiée. Pas avec un mur d’amplis, non, juste de quoi s’équilibrer avec la batterie. Entrer dans l’univers musical de l’Héloïse, c’est entrer dans un monde intimiste et tranquille d’où l’impatience est exclue : le temps n’existe pas, aucune dead-line, pas d’urgence ni de to-do-liste.
La première suite, introduite par la contrebasse frappée tendrement avec une mailloche et la batterie ( aux mailloches aussi ), prend une couleur feutrée avant le thème à la clarinette et se prolonge en un genre de berceuse très douce. Le dialogue entre la contrebasse et la clarinette ne parvient pas totalement à endormir l’enfançon et le ton monte, monte avant que le bougre ne finisse par fermer les yeux et que la douceur reprenne le dessus. Ensuite, passé un petit quelque chose bruitiste, la clarinette répète envers et contre les trois autres un motif de trois notes, ils font dans l’intime, on voit les têtes se pencher pour échanger des secrets inavouables, on chuchote pour ne pas déranger les voisins. Et, comme iels sont des jazzeux confirmés, iels chorussent : la contrebasse, seule avec elle-même, le duo clarinette-batterie maillochée avant de clore par une séquence scandée, lente dont on ne sait s’il s’agit d’une marche triomphale ou d’une montée à l’échafaud. La guitare, discrète, s’immisce dans des interstices ici ou là pour glisser un riff minimaliste, un accord retenu, une intention à peine initiée.
La seconde suite donne plus de place à la guitare et à la batterie : la première emportée dans une impro digne des 70’s et de Hendrix, la seconde, aux mailloches et balais, aux mains aussi, se mêlant de l’affaire en cours. Le centre de gravité du quartet se déplace de l’une à l’autre à la façon du centre d’un cercle qui se trouverait en chaque point de la circonférence. L’ensemble est intemporel, suspendu, il froisse à peine le silence, ne stimule pas les émotions guerrière ou vengeresses qui peuplent l’époque. Inutile de tenter de mémoriser quelque thème, les sons s’envolent sans retour, des bribes au statut de mélodie à peine nées déjà oubliées, une musique qui effleure et caresse plus qu’elle ne grave nos CD mentaux. Le mix « écrit-pas écrit » fonctionne plus que bien, tout se résoud dans les échanges de regards, les sourires, le plaisir de jouer ensemble.
Bien sûr, on les rappelle pour une pièce écrite par Jarret : Épilogue. Un tout autre univers.


Atelier du Plateau
Rue du Plateau, 75020 PARIS