Le vibraphoniste italien Nicholas Thomas était l’invité de novembre du 7 de Jazz, le jazz-club du Casino de Saint-Pair-sur-Mer.
Une formule en trio sans batterie mais non sans swing.
Jeudi 20 novembre 2025 - 20h30
Le 7 de Jazz, Casino de Saint-Pair-sur-Mer (Manche/Normandie)
Nicholas Thomas : vibraphone
Clément Trimouille : guitare
Kim Baiunco : contrebasse
Le 7 de Jazz rendez-vous mensuel de fin septembre à fin avril au casino de Saint-Pair-sur-Mer a entamé sa troisième saison. Le succès de la formule ne se dément pas même si la concurrence des soirées "beaujolais nouveau" organisées ici et là et l’arrivée du froid ont dû détourner quelques spectateurs potentiels ce soir-là. Toutes les réservations n’ont pas été honorées et ça, c’est pas très sympa pour les organisateurs !
Plus de 80 personnes pour écouter le "Red Trio" du vibraphoniste Nicholas Thomas ça reste une belle réussite.

L’intitulé Red Trio fait référence à la formation singulière que dirigea le vibraphoniste américain Red Norvo dès le début des années 50 dans un esprit jazz de chambre. À ses côtés, se succédèrent au fil du temps rien moins que Tal Farlow puis Jimmy Raney à la guitare, Charles Mingus puis Red Mitchell à la contrebasse. Nicholas Thomas s’inscrit ainsi résolument dans l’esprit du jazz mainstream entre swing et be-bop.
Sur un répertoire parfaitement maîtrisé et assimilé (aucune partition sur scène), le trio déroule une guirlande scintillante de standards rares et de compositions empruntées à un de leurs mentors, le pianiste-pédagogue Barry Harris (1929-2021). Nicholas Thomas et Clément Trimouille (guitare) fréquentèrent à plusieurs reprises les master-classes qu’anima le pianiste dans un passé pas si lointain.

La formule du trio sans batterie impose une grande cohésion de la formation. Le rythme et l’harmonie, éléments clés de ces courants du jazz, supposent que chacun assure le tempo sans faillir. Bien épaulé par le contrebassiste italien Kim Baiunco, un habitué des nuits swing parisiennes, Clément Trimouille développe un jeu de guitare varié et inventif, autant dans ses phrases mélodiques toujours inspirées que dans son soutien rythmique qui combine différentes influences distillées à bon escient, de la guitare jazz à la Wes Montgomery jusqu’à quelques ficelles du jazz manouche (la fameuse pompe !). Tout au long du concert en deux sets gagnants, on a pu apprécier la complicité joueuse des trois instrumentistes.

Grâce à l’École de Musique de Granville, Nicholas Thomas a pu disposer d’un vibraphone de bonne facture à trois octaves. Petit mais bien adapté au contexte de ce concert en club, l’instrument a permis au vibraphoniste de s’exprimer pleinement. Nicholas Thomas s’inscrit dans la continuité des spécialistes swing sur ce clavier à percussion. Ses références se situent du côté de Lionel Hampton, le pionnier, de Terry Gibbs (plus que Red Norvo) voire de Milt Jackson dans le jazz sérieux du Modern Jazz Quartet. En amont donc de la génération des vibraphonistes qui suivirent le succès de Gary Burton ou Mike Manieri dès les années 60/70 et qui nous amènent aujourd’hui à Joel Ross ou Patricia Brennan Outre-Atlantique et, évidemment, Franck Tortiller ou Simon Moullier en France [1].
Adepte et virtuose de la technique à quatre mailloches acquise par une solide formation musicale en Italie et en France, Nicholas Thomas combine la finesse mélodique avec un jeu en accords qui révèlent un vrai talent d’improvisateur mélodiste.

Cette fois encore, le public curieux et fidèle a parfaitement adhéré à cette formule en trio. Beaucoup n’étaient pas familiers du vibraphone mais il faut avouer que cet instrument rend totalement "visible" le jeu de l’instrumentiste et capte facilement l’attention. Ajoutons que la diversité des atmosphères développées à travers un bouquet de thèmes particulièrement coloré et riche a contribué à la réussite de ce concert.
Entre deux sets copieux, une pause autour du bar pour l’ambiance et les conversations animées, plus de deux heures trente se sont écoulées autour du jazz en connexion avec un trio généreux et communicatif. Des moments riches et bien appréciés d’un public fidèle qui en redemande grâce à l’efficacité et à l’implication des organisateurs, François Gournel, le programmateur et cheville ouvrière du club et le Casino de Saint-Pair-sur-Mer qui soutient cette belle initiative. Que ça continue !
[1] Même si le second fait actuellement carrière aux USA !