Le dernier concert de 2025 était sur écoute...
Vendredi 19 décembre 2025
Grégory Sallet : saxophones
Matthieu Roffé : piano
Michel Molines : contrebasse
Kevin Luchetti : batterie

Un dernier concert au Chien à 3 pattes pour achever l’année ? Après le néo swing d’Hervé Salamone au Crescent la semaine passée, une petite cure d’impressionnisme japonisant avec le quartet de Grégory Sallet ne pouvait pas nuire à mes conduits auditifs. Saxophones, piano, contrebasse et batterie, pas d’électronique en vue, la forme simple de la musique acoustique et les formes complexes du compositeur et leader : de quoi nourrir les esprits ouverts à l’improbable, voire au rocambolesque. Le titre de l’album, Otsukaresama, parle de la gratitude pour les efforts partagés. Grégory Sallet en parla entre les morceaux, un peu trop longuement à mon goût, ce qui rompit le flux musical dans mon cerveau et, le saviez-vous, cela m’irrite au plus haut point. De mon point de vue, ce fut légèrement dommageable car la musique originale du quartet était plutôt séduisante. Avec de légères incursions dans le classique français début du XXème siècle, des couleurs et des textures variées, des brisures rythmiques, des moments d’exaltation puissante et une bonne dose de compérage intelligent, les quatre musiciens, ils se connaissent depuis longtemps, offrirent un set incontestablement harmonieux, consistant et aisément compréhensible ; une touche supplémentaire de péripétie dissonante, une vision aventureuse, m’aurait sensiblement affriandé les esgourdes. Le public ne s’y trompa cependant pas et je lui emboitai le pas sans heurt car la singularité est, et sera toujours, une vertu qui combat l’uniformisation, ce que le quartet sut faire avec brio ; après tout, quand tout un chacun est persuadé que sa vérité est la bonne, la seule et unique c’est le bordel. Bon ça, c’est l’état actuel du monde. Mais tant que le jazz au sens large s’en foutra avec élégance et créativité, je continuerai à relater les expériences musicales auxquelles je participe derrière mon appareil photo et ma plume d’un lieu l’autre, histoire d’emmerder les apprentis sorciers, les donneurs de leçons, les convaincus de je ne sais quoi (le savent-ils eux-mêmes), les inféodés aux idéologies de tout poil, j’en passe et des pires. Mais tout n’est pas perdu puisque des individus étranges aux motivations douteuses programment encore ces musiques louches et controversables que des personnes décalées, presque marginales, inventent, aidées par des quidams hérétiques, réfractaires, qui les accueillent dans des lieux dédiés. En entendant les agapes de fin d’année, écoutez donc Otsukaresama. Ça glisse aussi facilement qu’une douzaine d’huîtres. J’dis ça… C’était un 19 décembre, jour qui vit en 1877 Thomas Edison breveter le phonographe. J’dis ça…