Un duo finlandais piano / voix à l’Institut Finlandais
Jeudi 04 décembre 2025

Le festival Jazzycolors tire à sa fin et c’est au tour de la Finlande de faire entendre « son » jazz. Un monumental tissage de Kustaa Saksi fait office de fond de scène et de ciel :15 mètres sur presque 3, personne n’échappe à sa présence majestueuse. Ni à celle du duo Selma Savolainen, chant, et Toomas Keski-Santti, piano, qui donnent en France leur premier concert grâce à l’infatigable Charles Gil qui joue depuis longtemps les go-between entre les musiciens d’ici et ceux de là-bas. Merci à lui.
Le pianiste débute par un motif simple, tranquille, économe, un faux walk sur lequel elle perche sa voix un peu voilée, il soloïse tout de suite : c’est construit, ramassé dans une poignée de notes voisines, il développe à peine, on pense Keith Jarrett, puis il varie les angles, elle revient dans l’aigu. On a comme un hologramme de tout le concert : intimiste, paisible, loin de la furie du monde actuel.
Il est ensuite question d’un jardin de roses à l’atmosphère plantée tout de suite par l’ostinato du piano, sur lequel elle développe une mélodie casse-gueule genre tu montes d’un demi-ton, tu redescends d’autant, c’est elle qui soloïse avec des sons tenus, filés, tout smooth. Ils ont choisi un répertoire qui ne défrise pas les mises en pli : ni fracas à coup de coudes sur le clavier, ni hurlements déjantés, pas de dissonance à hérisser les poils, mais un tempo moyen, un registre sonore qui maintient le pianiste dans la moitié gauche de son instrument avec des lignes claires sans notes fantômes ni approximations, ce qui permet à la chanteuse de se lâcher peu à peu ( sa voix se dévoile à tous les sens du mot ). Ils jouent à l’unisson, se désunissent, se réunissent, lui fricote avec une étude de Bach, et mises bout à bout, leurs chansons nous tiennent en haleine, souffle suspendu jusqu’au bout du bout du son qui s’éteint enfin. Comme quoi, le bruit et la fureur, on peut s’en passer. On appréciera leur jazz du patrimoine avec une pièce de Kurt Weill qui swingue et balance grave avant la dernière chanson qui a tout d’une ballade hongroise : hongrois que c’est une ballade mais non. Elle soloïse encore, sans scat ni grommelot. Simplement.
On les rappelle bien sûr.
Institut finlandais
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