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JazzBrugge 2018

D 28 novembre 2018     H 05:00     A Alain Gauthier (texte)    


Les années paires, le Jazz s’épanouit à Bruges donc 2018 : on y est. Configuré autour du thème Crossing cultures, il sera question de croisement, métissage, coupage, fertilisation croisée... Et, comme avec un anis gras et de l’eau, on peut fabriquer des mélanges très divers : boire l’anis sec ou le diluer jusqu’à l’excès. Aller du jazz pur et dur aux musiques savantes en passant par les OMNI, objets musicaux non identifiés. Il ne sera question ci-dessous que des concerts ayant satisfait au triple critère : du jazz, du jazz, rien que du jazz.

À dix-huit heures sonnantes, ce vendredi, à l’extérieur, devant le Concertgebow, le quintet de MÄÄK se met à sonner : c’est maintenant, le Festival commence right now !!!

MÄÄK quintet, c’est Laurent Blondiau trompette et bugle, Jeroen Van Herzeele sax ténor et soprano, Michel Massot tuba et soubassophone, Guillaume Orti sax alto et Jodo LOBO batterie.
Enraciné dans le sol du hall où ils sont revenus s’installer, planté comme un sumotori, Massot balance d’un pied sur l’autre et son énergie chthonienne lui fait remplacer, à lui tout seul, trois contrebasses à cordes et deux sax baryton. Groove terrible, la houle de son bassin est contagieuse. Ça ne rigole pas côté acoustique-augmentée-brute-de-décoffrage avec de la ferraille qui dépasse et vibre. Après l’intro funky, ils enchaînent, pour continuer de semer des graines de liesse, un genre de cha-cha-cha que le sax ténor dévoie dans un solo terrible par sa démesure. Survivra-t-il à son exploit ? Pas besoin de compter le nombre de mesures dont il dispose, c’est ad libitum, arrêt conseillé avant la chute des lèvres. On dirait une fanfare jazzy tant ils se démultiplient.
Après des thèmes simples joués et rejoués comme des incipits qu’on n’aurait pas compris, ils se lancent dans des impros classieuses et pas du tout convenues. Sur une clave rythmique courte et boiteuse-tac...tac... ; tac... tac-tac ; tac...tac... ; tac... tac-tac-, un dernier morceau clôt ce magnifique concert d’ouverture, un quintet acoustique au goût d’aujourd’hui : intense, soutenu, exubérant : chapeau les mecs. En trois quart d’heures, leur homogénéité, leur facilité et leur liberté ont fait monter l’envie, le désir et l’ambiance.

Plus tard, dans la soirée Nathalie vint. Nathalie Loriers. Madame Nathalie Loriers piano, avec Fabrice Alleman clarinette, Karim Baggli oud, Nic Thys contrebasse et Jon De Haas batterie. Il convient de se souvenir que le thème de cette édition 2018 est Crossing cultures. Croisement, métissage, coupage, fertilisation croisée... Ce quintet n’y va pas par quatre chemins dans le mélange : il joue du jazz avec autre chose dedans, ici, la musique du oud. On pourrait se perdre dans un moment savant mais non, le oud est à sa place dans ce quintet, pas un ajout exotique ou ethnologique, non non, une place entière. À la clarinette, Alleman, as usual, soloïse dans une joyeuse débauche d’énergie et Loriers, immense pianiste dont les soli magnifiques laissent pantois, tient son petit monde sans la moindre bride. Grand plaisir.

Samedi soir, Ernst Reinjseger, violoncelle, Harmen Fraanje piano, Mola Sylla, voix, m’bira, xalam entament leur set sous un jour très africain avec le chant puissant de Sylla accompagné au m’bira, un jour africain pas du tout jazzeux. Le concert en prend peu à peu le chemin grâce au duo piano-cello. L’un d’abord suiveur et contenant son propos puis prenant sa place, l’autre en feu dès le début, usant de son violoncelle comme d’une guitare, le munissant de petites pinces dans la plus pure tradition des musiques actuelles libérées de toute prévention et se lançant dans des soli plus que jolis. La déambulation de Sylla avec un collier de coquillages agité ici et là n’est pas sans rappeler l’Art Ensemble of Chicago. Et une question s’impose : pourquoi vouloir métisser le jazz qui est déjà en soi un doux mélange ? Ces mecs s’amusent, prennent plaisir et nous aussi. Pour une fois, les 45 minutes allouées pour le set se verront étirées pour un rappel tendre, délicat, intime.

Suit le Omer Avital Quintet avec Alexandre Levin sax, Asaf Yuria sax, Eden Ladin piano, Ofri Nehemya batterie et Omer Avital contrebasse.
Un quintet de haute tenue, immédiatement repérable à son groove intense et à la densité de son propos. Des thèmes bien gaulés, complexes, qu’on aimerait avoir le temps de mémoriser tant ils sonnent bien et dont l’un (ou l’autre) mériterait de se voir attribuer le statut de standard.
Outre ces beaux thèmes, ils improvisent aussi, les garnements et pas pour faire joli. Chacun déploie son imagination en mode ample-je-prends-mon -temps pour vous la raconter mon histoire et prendre son temps, c’est, allez, pas moins de cinq minutes.
On se souviendra du 3è morceau ( turkish coffee blue, peut-être ? ) introduit longuement et bellement à la contrebasse avec le pianiste qui se déboîte les épaules à jouer du piano et d’un clavier simultanément, le 4è aussi, un morceau lent au thème superbe, chantant, conclu par un hénaurme solo de pianiste ( resté seul en scène ).
Le batteur nous montrera se petits muscles : véloce, forcené et peut-être un peu emporté par son élan donc loin du thème. Un concert de costauds qui ne se posent pas de question, envoient du son et donnent envie de se faire une itinérance mémorielle de quelques quintets historiques.

Vendredi 16, samedi 17 et dimanche 18 novembre 2018
Concertgebow
8000 Bruges


https://jazzbrugge.kaap.be/


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