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Festival chez Lamartine (en un mot)

D 18 juillet 2022     H 05:00     A Yves Dorison    


samedi 16 juillet

Cette année au festival du Crescent, à Mâcon, pour tout vous dire, j’ai raté la seule date qui m’intéressait vraiment : Jerry Bergonzi. Il est con le pérégrin, n’est-ce pas ? Aussi con que Jerry est photogénique. Je ne fis donc que la dernière soirée sur l’esplanade Lamartine, soirée qui débuta traditionnellement par le concert des stagiaires en ouverture de la tête d’affiche. Fébriles ou décontractés, flippés ou joyeux, quel que soit leur niveau, ils montèrent sur la grande scène pour plusieurs morceaux devant un public déjà nombreux ; un exercice difficile qui est chaque année réussi, un miracle qui se perpétue depuis une vingtaine d’années (je n’ai pas compté) grâce aux talents des musiciens résidents du club. En regard de cela, côté miracle, Bernadette Soubirou frôle l’imposture. Six groupes se succédèrent ainsi et tous envoyèrent du swing dans une ambiance chaleureuse et estivale. Les stagiaires ? D’âge (carrément) mûr pour certains et des jeunes en majorité, ce qui dans le monde du jazz confine à l’hérésie. Ne leur dites surtout pas que s’ils veulent faire carrière ils vont en chier pendant vingt ans avant d’entrapercevoir la lumière du jour et obtenir la reconnaissance de leur talent par quelques centaines d’humains étrangement solidaire de la culture et des arts. Ne leur dites pas non plus qu’ils ne passeront à la télévision que s’ils renient leur musique au profit d’un mercantilisme niais et creux. Et puis de toutes les façons, artiste, ce n’est pas un métier, bordel de merde ! Et le public alors ? Habituellement dans un concert jazz, il est très majoritairement intéressé par les publicités pour les pompes funèbres et les culottes anti-fuite, les bidules pour améliorer la circulation sanguine, les trucs mécaniques pour monter à l’étage, les appareils auditifs et les lunettes avec trois paires gratuites, vu que les yeux et la mémoire, ce n’est pas toujours ça, voire pire. Usuellement, il discute Doppler, fibroscopie et régime sans sel en lisant Télérama. Je trouve malgré tout par ci par là, au gré des salles et clubs, quelques erreurs juvéniles (et c’est heureux). A coup sûr des petits enfants de gauchistes… De quoi ? Hein ? Répète, je n’ai pas entendu. Tu m’écoutes pas quand je te parle ! Et bien voyez-vous, sur l’esplanade de l’Alphonse suspendant son vol quand l’heure est propice, ils étaient bien présents sur les chaises, les vieux, mais cernés par des familles avec des gamins qui couraient dans tous les sens et des jeunes qui semblaient bien aise d’être là, une bière à la main (faut pas déconner non plus), pour écouter la musique la plus ostracisée qui soit par les médias mainstream. Un véritable plaisir pour votre serviteur qui continue de croire qu’il a encore quinze ans, et tout ceci un 16 juillet, jour qui vit naître, en 1911, Ginger Rogers et qui vit mourir à vingt-cinq ans, en 1546, Anne Askew, poétesse anglaise qui fut torturée et brûlée vive pour hérésie. Chauds les barons.

Tiens d’ailleurs, à propos de feu, en deuxième partie de soirée, il y avait un groupe que tout le monde (enfin je crois) trouve culte, mythique et même légendaire. Avant la soirée d’hier, je ne disais jamais que je ne l’avais jamais vu en concert, de peur de passer pour un vieux naze. Maintenant, je peux frimer. Je m’emmerdai toutefois passablement à l’écoute de son rock fusion mâtiné de jazz qui ne me fit pas vibrer un poil, même long. Trop ronflant, façon Wagner, et pas assez aéré selon moi. Pas à la hauteur de Van Der Graaf Generator, Genesis, d’Amon Düül, Klaus Schulze, Mike Oldfield, Soft Machine et consorts (selon moi). J’dis ça, j’dis rien. Chacun voit midi à sa porte. Mais aux photographes dont je suis, ils laissèrent seulement deux morceaux avec des lumières de merde, de rock quoi, avec des rouges bien baveux et des contres à foison, pour travailler quelque peu. Et bien que les morceaux fussent assez long, l’idée même de la limitation arbitraire et injustifiée m’irrita aux entournures (et en plus ça gratte). Qui plus est, le patron était planqué derrière ses fûts et cymbales en fond de scène. Cela n’arrangea rien et comme on dit chez le quincailler, dans le culte la balayette ! Rien de grave, j’ai la mémoire très sélective, quand j’en ai… C’était quoi leur nom ? Enfin… Il y avait sur l’esplanade du natif mâconnais environ deux mille personnes. Ce fut donc un succès pour le Crescent qui le mérite bien.


https://www.lecrescent.net/

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