J’ai lu le livre de Jean-François Foucault, "La valise de Jean Schwartz". Autant l’annoncer d’entrée de jeu, je ne suis pas un grand lecteur de livres sur le jazz et la musique en général. Je préfère, de loin la matière sonore aux longs écrits qui l’entourent. Si je me suis arrêté sur celui-ci et que je me suis laissé porter au fil des pages, c’est qu’il vient résonner de façon particulière dans ma vie avec et autour du jazz. L’auteur et moi avons un point de rencontre dans nos cheminements dans l’organisation de concerts : le trio Humair-Jeanneau-Texier en 1980.

Bien que je n’aie pas le souvenir d’avoir rencontré Jean-François Foucault, je connaissais le "tourneur" (comme on disait), plus exactement l’agent d’artistes. Il a figuré et figure encore dans les carnets d’adresses aujourd’hui obsolètes que je conserve précieusement, reliques de l’époque révolue où j’œuvrais bénévolement dans l’organsiation d’un festival. Si mes souvenirs sont exacts, c’est ce même J-F Foucault qui avait démarché auprès de Gérard Houssin, directeur du Centre d’Animation de Coutances (Manche) pour "placer" le trio Humair-Jeanneau-Texier dans une saison théâtrale multi-disciplinaire naissante.

  Le trio H-J-T

Humair Jeanneau Texier
Humair Jeanneau Texier
Le premier album du trio mythique paru en 1979 sur le label OWL Records de Jean-Jacques Pussiau, co-produit par Jean-Marie Salhani : deux autres personnalités importantes dans l’épanouissement du jazz en France.

J’ai eu l’occasion de raconter par ailleurs comment "germa" le festival Jazz sous les Pommiers que l’on ne présente plus aujourd’hui (Cf. Zarbalib.fr - 3 mai 2022). Le concert (excellent !) du trio Humair-Jeanneau-Texier fut la première pierre dans la construction du projet de festival puisque le public avait "mordu l’hameçon". Jean-François Foucault y est évidemment pour quelque chose mais le sait-il seulement ?
Il faut dire qu’après avoir gagné la confiance de Daniel Humair l’agent hyper-actif a passé l’Europe au peigne fin pour faire jouer ce trio qui gagna rapidement une notoriété enviée (page 163). Il fallait avoir du flair pour supposer qu’à Coutances, sous-préfecture vieillotte et cité épiscopale de la Manche, ce trio contemporain pourrait trouver un point de chute.
L’année suivante, deux de ses protégés de l’époque, Patrice Caratini et Marc Fosset étaient à leur tour au programme de la saison du théâtre de Coutances. Jean-François Foucault avait trouvé une ouverture et creusait son sillon...

  Monsieur l’agent

Mais qui est vraiment Jean-François Foucault ? Vous le saurez évidemment en lisant ce livre. Même s’il se défend qu’il s’agisse d’une autobiographie, on y trouve quand même le récit d’une vie avec et autour de la musique. Né à Paris en 1947, il avait également des attaches à Auxerre par son père, un ancrage bourguignon qui explique peut-être son lien d’amitié avec Franck Tortiller puisque le vibraphoniste-chef d’orchestre a rédigé la préface de cet ouvrage. Jean-François Foucault a vécu la musique recto-verso, musicien côté scène (au piano, aux claviers après le violon des débuts) pour le recto et acteur dans la diffusion de la musique, l’organisation de concerts, agent de musiciens puis diverses missions et fonctions pour le verso. C’est bien de ce côté là qu’il a établi sa réputation, n’ayant jamais acquis de vraie notoriété dans les formations plutôt rock ou pop dans lesquelles il a joué.
En 209 pages, l’ouvrage s’organise en deux parties. Après un récit des années d’enfance (la famille, l’image du père, l’apprentissage du violon...) puis de l’adolescence marquée par la découverte du rock des années 60, de Salut les Copains (importance de Daniel Filipacchi), l’envie de jouer le jeu des "musiques de jeunes", on en arrive à l’entrée de pied ferme dans l’univers du jazz qui va occuper la seconde moitié du livre.
La lecture est agréable, l’auteur adopte un style léger, souvent drôle qui rend ce récit attachant. Évidemment, il est difficile de ne pas y voir cette forme de narcissisme propre aux autobiographies mais Jean-François Foucault sait aussi poser sur lui un regard distancié et montre surtout qu’il ne s’est pas "fait lui-même". Sa vie est un heureux maillage de rencontres, d’amitiés, d’apprentisages au contact des autres entre réussites, essais et échecs. De savoureuses anecdotes apportent parfois un éclairage différent sur les musiciens que l’on connaît, apprécie ou vénère parfois. Il est ainsi beaucoup question parmi tant d’autres de Daniel Humair mais aussi de l’énignatique et insaisissable Michel Portal, des tournées et concerts avec les uns et les autres ou encore de... la maman très possessive de Martial Solal !
On le sait, le milieu du jazz est resté très masculin et le reste toujours même si les choses changent vite depuis au moins une décennie. Par contre, les femmes ont tenu un rôle essentiel dans la diffusion de la musique et l’activité professionnelle des artistes. Jean-François Foucault le souligne en évoquant, parmi d’autres "trois filles" qui étaient sur la "même trajectoire" que lui dans le jazz : Marie-Claude Nouy (toujours hyper-active dans la communication [1]), Geneviève Peyrègne (à qui Joachim Kühn doit beaucoup ainsi que d’autres) et Martine Palmé (à l’exigence on ne peut plus bienveillante. Cette dernière fut aussi la relectrice attentive de ce livre !), des militantes de l’ombre pour que vivent le jazz et les musiques improvisées. Il était bon de le souligner.

  La valise

Reste ce titre énigmatique : "La valise de Jean Schwarz"...
On comprend rapidement que l’auteur n’est pas un grand défenseur de la musique contemporaine "abstraite" ou "concrète". Il reste attaché aux valeurs du rythme, de la mélodie et de l’harmonie depuis le baroque jusqu’à Michel Portal.
Alors que vient faire ici Jean Schwarz, compositeur de musiques dites acousmatiques intéressé par le jazz mais totalement investi dans les recherches sonores du Groupe de Recherches Musicales (GRM fondé par Pierre Schaeffer) ou de l’IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) ?
Dans ce sens, ce livre est une sorte de jeu de pistes et vous comprendrez en quoi cette valise rouge a eu son importance.
Bonne lecture !


La valise de Jean Schwarz - par Jean-François Foucault
Le Lys Bleu Éditions - 2023 - ISBN : 979-10-377-9188-7 - 216 Pages - 20,90 €

Merci à Christian Ducasse qui a su retrouver à point nommé une photo qui vient compléter mon propos !

"Ils se sont reparlé et ont rejoué le 7 juillet 2004. Quelques articles dans les journaux, la reformation pour un soir du Trio Humair-Jeanneau-Texier a fait exploser la jauge de la salle ce soir-là. Tout s'est loué en quelques heures.[...] L'histoire est terminée pour nous. Rideau" (in La Valise de Jean Schwarz, pages 164-165)
"Ils se sont reparlé et ont rejoué le 7 juillet 2004. Quelques articles dans les journaux, la reformation pour un soir du Trio Humair-Jeanneau-Texier a fait exploser la jauge de la salle ce soir-là. Tout s’est loué en quelques heures.[...] L’histoire est terminée pour nous. Rideau" (in La Valise de Jean Schwarz, pages 164-165)
© Christian Ducasse / Jean-François Foucault (texte)

[1Au moment même où j’écris ces lignes, je reçois une newletter signée... Marie-Claude Nouy / My Music Enterprise !