Jeudi 17 juillet 2025

Jean-Paul Hervé : guitare
Vincent Girard : basse
Hervé Humbert : batterie

Aller moins souvent au concert n’est pas désagréable, cela permet aux oreilles de votre serviteur de goûter aux bienfaits du silence et, ensuite, de retrouver le plaisir du son en concert. Certes, encore faut-il choisir le bon concert, celui dont je pense qu’il me conviendra. Je jetai donc hier mon dévolu sur le nouveau trio de Jean-Paul Hervé car je connais son art guitaristique et son goût de la pirouette : oui, on peut être sérieux avec fantaisie. Accompagné par Vincent Girard à la contrebasse et Hervé Humbert à la batterie, il proposa un espace de jeu sonore où tout se déplace, se combine, se transforme... Un power trio groovy à la croisée du jazz, de l’improvisation et de l’électro qu’il appelle TéTrisMe. Ce n’est pas moi qui le dis mais je suis en accord la déclaration, même si je n’ai pas trop entendu l’électro (ce qui ne m’a pas manqué). Il y eut donc des thèmes, toujours simples et prégnants, des brisures rythmiques et des envolées improvisées (dont une proche du bruitisme) à la sapidité longue en bouche et des moments offerts à la délicatesse mélodique, à la résonance. Ils eurent en outre du plaisir et de la surprise à développer cette musique travaillée à l’ombre des répétitions mais encore jamais jouée sur scène. Comme ils furent excellents, ce dont je n’avais pas douté un seul instant, aucun des auditeurs présents n’y trouva à redire, bien au contraire. Après tout, ces musiciens-là ne sont pas des lapins de trois semaines et il est probable qu’ils soient atteints du syndrome Tetris, syndrome qui survient lorsqu’un individu consacre tellement de temps et d’attention à une activité que cette dernière commence à modeler sa pensée, ses images mentales, et ses rêves. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, ni de bonne musique en dilettante, mais c’est pour la bonne cause car la musique, pour peu qu’elle soit ambitieuse, à le mérite d’éduquer l’auditeur, d’affûter sa curiosité et d’ouvrir les portes de mondes sonores souvent ignorés car étouffés par le loisir culturel de masse. En ce 17 juillet, ce ne fut conséquemment pas la dernière nuit du discoooo, mais la première du festival du Crescent, festival gratuit, je le répète, accessible à tous et ça, ce n’est pas rien. Pour l’histoire, sachez que ce jour a vu naître la guitariste Mary Osborne (1921-1992), totalement oubliée de nos jours. Faut dire qu’elle n’a pas vraiment joué avec des pointures, si l’on excepte Gillespie, Tatum, Monk, Coleman Hawkins ou Mary Lou Williams. C’est également ce jour que Billie Holiday (1915-1959) et John Coltrane (1926-1967) cassèrent leur pipe, laissant au monde des mortels un héritage qui devrait durer bien plus longtemps qu’une éternité ou deux, ou trois, ou quatre….


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