« Le jazz tisse sa toile... »
Vous êtes ici : Accueil » Disques, livres & Co » Chroniques 2017 » Vitrine de 4 disques pour février 2017.

Vitrine de 4 disques pour février 2017.

D 25 février 2017     H 22:06     A Pierre Gros, Thierry Giard, Yves Dorison    


Au menu :


John ABERCROMBIE Quartet : « Up and Coming »

info document -  voir en grand cette imageJohn Abercrombie jouait déjà avec Marc Copland quand celui-ci était encore saxophoniste et Drew Gress n’est pas nouveau dans le paysage de ce quartet où le dernier arrivé (il y a quelques temps déjà) n’est autre que le joyeux Joey Baron. Avec des artistes de cet acabit, continuant sur le chemin lyrique et nuancé emprunté par ce quartet, il était pour ainsi dire inconcevable que ce nouvel enregistrement soit décevant. Quarante huit minutes de pur plaisir musical donc, de subtil discours entre musiciens côtoyant le télépathique avec simplicité. Rien de ce que l’on déteste n’apparaît là. Chaque note est généreuse, demande à être écoutée, et laisse planer l’ombre amicale d’une ampleur faite de cisèlement harmonique. Dans un monde où le populisme ne réfrène pas ses ardeurs, ce quartet fait de la compréhension de l’autre son credo et chaque composition de John Abercrombie apporte un regard différent sur l’espace et le seul standard du disque, emblématique s’il en est, Nardis, définit clairement l’esthétique d’un quartet où la libre circulation est au pouvoir. Mais le jazz n’a pas de pouvoir. Car le jazz est pouvoir ; pouvoir d’écoute, pouvoir de partage, pouvoir de complicité, pouvoir d’afficher son retrait des affaires comme le sage ou l’ermite. Écouter ce quartet, peut-être est-ce déjà une révolution, le choix conscient d’un avenir humain ne s’appuyant pas sur l’égocentrique et le pernicieux.

. ::Yves Dorison ::.


JAZZ LADIES 1924 – 1962 : « Pianists, trumpets, trombones, saxes, organs… All Girls Bands »

info document -  voir en grand cette image Que sait-on des femmes dans le jazz ? Posons-nous la question et inévitablement, les noms de vocalistes, d’Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Billie Holiday et plus près de nous Nina Simone, Dianne Reeves ou Cassandra Wilson nous viendront d’abord à l’esprit. Nous y ajouterons assez spontanément Carla Bley et toutes les musiciennes instrumentistes, compositrices qui se sont révélées sur les scènes mondiales depuis une vingtaine d’années. Pourtant, les femmes sont présentes dans le jazz tout au long de son histoire. C’est ce que veulent mettre en évidence ces deux fins connaisseurs des musiques afro-américaines que sont Jean-Paul Ricard et Jean Buzelin à travers ce coffret d’une richesse exceptionnelle dont ils ont assuré conjointement la direction artistique. Grâce au label Frémeaux & Associés, grand spécialiste de la préservation et de la publication d’archives sonores, nous avons la possibilité de découvrir (ou redécouvrir ?) un grand nombre de musiciennes dans un coffret en trois volets (Les pianistes, Instrumentistes diverses, et ensembles féminins). Pour chacun des disques, la chronologie a été respectée en consacrant de une à trois plages à chaque musicienne ou formation présentée. « Il était nécessaire de réévaluer le travail des pionnières qui ont ouvert la voie aux formidables musiciennes que l’on compte parmi nous aujourd’hui. » écrit Patrick Frémeaux dans sa présentation du coffret. Voilà donc une belle occasion de réparer les oublis de nombre de critiques et historiens du jazz qui ont longtemps négligé les femmes instrumentistes en se centrant sur les chanteuses.
Un disque d’une grande richesse à découvrir tranquillement en lisant le texte du livret rédigé par Jean-Paul Ricard qui retrace de manière simple et claire une histoire du jazz au féminin, d’hier à aujourd’hui en écoutant ces musiques du passé (choisies et réunies avec Jean Buzelin) qui éclairent aussi le présent du jazz.
Un coffret de référence à ne pas manquer !

. ::Thierry Giard ::.


MELANOIA & QUATUOR IXI : « Red – Music by Luzia Von Wyl »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette image Ce disque n’est pas à proprement parler une nouveauté puisqu’il a été publié en septembre 2016 sur l’excellent label hongrois BMC (Budapest Music Center). Il aura fallu un peu de temps pour qu’il parvienne jusqu’à nous mais comme on dit : « mieux vaut tard que jamais ».
Car cet album est en tous points remarquable, non seulement parce qu’on y retrouve « notre » Quatuor iXi national dont les mérites ont été maintes fois vantés dans nos pages mais surtout parce que celui-ci délaisse ses cheminements solitaires pour s’associer à Melanoia, formation allemande que dirige le batteur et percussionniste Dejan Terzic. C’est à ce dernier que revient l’idée de cet assemblage rutilant. L’envie d’adjoindre des cordes à ce quartet sans basse l’a tout de suite conduit vers le Quatuor iXi dont il connaissait les qualités et cette capacité singulière à mêler écriture et improvisation avec une parfaite cohérence. Dejan Terzic est un musicien voyageur ouvert à bien des rencontres. Serbe de naissance, allemand d’adoption (c’est aussi le batteur du trio de Hans Lüdemann), il fréquente souvent la jeune scène du jazz suisse. C’est ainsi qu’il a proposé à la compositrice et pianiste bernoise Luzia von Wyl (née en 1985) d’habiller cette rencontre avec une musique « cousue-main » (selon les mots du batteur). Évitant le piège des cordes qui font tapisserie de velours derrière l’ensemble Melanoia, Luzia von Wyl est parvenue à constituer un véritable octet où les voix s’équilibrent en pensant la distribution des rôles de manière subtile et originale. À la demande de Dejan Terzic, elle est parvenue à écrire des structures souples pour offrir de larges espaces aux protagonistes tous improvisateurs expérimentés en conservant une constante impression de clarté (bien servie par une prise de son qui conserve les espaces dans l’ensemble). On l’aura compris, ce disque révèle les grandes qualités d’une compositrice-arrangeuse (deux des sept pièces de ce disques ont été composées par D. Terzic) en donnant l’envie de découvrir son propre ensemble (The Luzia von Wyl Ensemble). Il permet aussi de se faire une idée plus précise du talent de Dejan Terzic avec Melanoia mais aussi dans d’autres contextes : un batteur-percussionniste qui compte dans le paysage du jazz et des musiques improvisées européennes. Enfin, le Quatuor iXi confirme son positionnement singulier entre musiques écrites et (largement) improvisées : une entité constituée de fortes individualités qui sait aussi de fondre dans un univers élargi sans perdre ses qualités incontestables.

OUI ! pour la force d’une union parfaitement réussie.

. ::Thierry Giard ::.


Craig TABORN : « Daylight Ghosts »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette imageCraig Taborn est un musicien discret qui peut paraître même, par certains aspects, timide loin des lumières du star-system et de ses caprices. Nous dirons plutôt qu’il trace un chemin ancré dans la tradition du swing et de la musique européenne, maillage qu’il façonne à son goût que ce soit en solo, en trio ou comme ici en quartet. Tout ceci est pleinement assumé, revendiqué, voire irréductible à sa musique. On sent une approche obsessionnelle des détails qui demande une précision redoutable et qui ne doit rien au hasard mais à une volonté farouche. Reviennent de façon régulière certains procédés comme la superposition de cellules mélodiques et rythmiques qui peuvent désarçonner à la première écoute mais dont la maîtrise et la solidité donnent une indéniable force expressive au quartet. Au delà de leurs beautés intrinsèques on retiendra les surprenantes et fascinantes ballades, The Great Silence et la finesse du duo piano-batterie de Subtle Living Equations, l’utilisation aboutie de l’électronique renforcée par des couleurs harmoniques dont Craig a le secret, le son magnifique du groupe, en particulier celui de Chris Speed aussi bien au saxophone qu’à la clarinette. L’intrigue prend ici toute sa place et au plaisir simple de l’écoute s’ajoute la volonté de saisir les nombreuses subtilités d’un disque qui supporte les réécoutes sans jamais lasser. Loin des moisissures du conservatisme abject dont nous sommes les témoins, l’avenir semble sourire à un musicien qui nous donne une image positive de la musique de son pays.

Un OUI ! évident !

. ::Pierre Gros ::.


John ABERCROMBIE Quartet : « Up and Coming »

> ECM - 5723377 / Universal

John Abercrombie : guitare / Marc Copland : piano / Drew Gress : contrebasse / Joey Baron : batterie

01.Joy (John Abercrombie) / 02. Flipside (John Abercrombie) / 03. Sunday School (John Abercrombie) / 04. Up And Coming (John Abercrombie) / 05. Tears (Marc Copland) / 06. Silver Circle (Marc Copland) / 07. Nardis (Miles Davis) / 08. Jumbles (John Abercrombie) // Enregistré récemment aux États-Unis.

JAZZ LADIES 1924 – 1962 : « Pianists, trumpets, trombones, saxes, organs… All Girls Bands »

> Frémeaux & Associés - FA5663 (3 CDs) / Socadisc

CD1, pianistes : Lil Hardin Armstrong ; Mary Lou Williams ; Hazel Scott ; Dorothy Donegan ; Yvonne Blanc ; Barbara Carroll ; Marian McPartland ; Jutta Hipp ; Lorraine Geller ; Terry Pollard ; Patti Brown ; Pat Moran ; Toshiko Akiyoshi ; Joyce Collins

CD2, tous instruments : Lovie Austin ; Dolly Jones ; Blanche Calloway ; Mills Cavalcade Orchestra ; Valaida Snow ; Melba Liston ; Mary Osborne ; Clora Bryant ; Kathy Stobart ; Shirley Scott ; Dorothy Ashby ; Vi Redd

CD3, The Girls Bands : Ina Ray Hutton ; The International Sweet hearts Or Rhythm ; The Hip Chicks ; Mary Lou Williams ; Ivy Benton ; Vivien Garry ; Beryl Booker ; Perry Pollard

CD1 : The Pianists 1936-1961 ; 23 plages
CD2 : All instrumentists 1924-1962 : 23 plages
CD3 : The Girls Bands 1934-1954 ; 24 plages // Direction artistique et livret du projet : Jean-Paul Ricard – Discographie : Jean Buzelin ©2017

MELANOÏA & QUATUOR IXI : « Red – Music by Luzia Von Wyl »

> BMC Records - BMC CD 238 / UVM

MELANOIA : Hayden Chisholm : saxophone / Ronny Graupe : guitare / Achim Kaufmann : piano / Dejan Terzic : batterie, percussion / QUATUOR IXI : Régis Huby : violon / Théo Ceccaldi : violon / Guillaume Roy : alto / Atsushi Sakaï : violoncelle // Luzia von Wyl : compositions et arrangements sauf 3 et 5 / Dejan Terzic : compositions 3 et 5, arrangées par Luzia von Wyl

01. Oliam / 02. Red / 03. Traum im Traum / 04. Spechtony / 05. Melaton / 06. Dawn / 07. Smoke // Enregistré aux Bauer Studios, Ludwigsburg (Allemagne) les 1er et 2 mars 2015.

Craig TABORN : « Daylight Ghosts »

> ECM - 571 380-5 / Universal

Craig Taborn : piano, électronique, compositions sauf 7 / Chris Speed : saxophone ténor, clarinette / Chris Lightcap : contrebasse, guitare basse / Dave King : batterie, percussion électronique

01. The Shining One / 02. Abandoned Reminder / 03. Daylight Ghosts / 04. New Glory / 05. The Great Silence / 06. Ancient / 07. Jamaican Farewell (Roscoe Mitchell) / 08. Subtle Living Equations / 09. Phantom Ratio // Enregistré aux Studios Avatar, New York du 5 au 7 mai 2016.