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Biophilia Records : un label vraiment écologique ?

D 17 avril 2017     H 06:00     A Thierry Giard    


À l’heure où le vinyle 30 cm fait son grand retour (qui l’aurait cru il y a vingt ans ?), où le CD fait de la résistance, vous êtes (nous sommes) de plus en plus nombreux à céder à la commodité et à la simplicité du téléchargement. La musique dématérialisée a vaincu ses faiblesses de jeunesse et la qualité sonore peut égaler, voire dépasser nous dit-on, celle du CD... Le hic, c’est que l’objet n’est plus là et lire, regarder, toucher c’est un plaisir que nous sommes nombreux à associer encore à l’écoute de la musique. Et je ne parle pas des fichiers effacés, du disque dur qui lâche : plus de son, plus d’images (Damned ! J’avais encore oublié de sauvegarder !).

Cet état des lieux, pensez-vous, tendrait à accorder une préférence au disque en plastique... Ah ! Vous avez dit plastique, dérivés pétroliers donc produits pas du tout naturels avec une grosse dose de chimie polluante et... un recyclage apparemment compliqué voire impossible. Alors on brûle ou on laisse traîner dans des décharges les milliers de disques qui partent au rebut chaque année, en attendant.
D’un coup, nos objets chéris, ces galettes magiques à musiques commenceraient presque à nous incommoder en attendant un hypothétique nouveau support tout bon tout beau tout vert (en quoi alors ?).

Biophilio™ est là !

C’est là que Le Biophilio™ pointe le bout de son nez tout vert...
L’idée a germé Outre-Atlantique dans la tête de Fabian Almazan, pianiste et fondateur du label Biophilia Records (« L’amour de la vie et des êtres vivants ») basé à Harlem.
C’est tout bête mais il fallait y penser et faire de l’idée un vrai concept marketing qui se revendique écologique.
Dans les nouveaux albums de ce label inauguré en 2011, il n’y a plus de CD mais juste une « pochette » pliée inspirée des origami, très travaillée sur le plan esthétique, imprimée sur papier fort (certifié FSC) avec des encres végétales et réalisée à la main.

L’objet qui déplié mesure près de 70 x 35 centimètres peut aisément être envoyé au client par voie postale. À la place du disque, un simple code personnel permet de télécharger la musique dans un grand nombre de formats, du MP3 pour la mobilité au FLAC ou WAV pour la qualité « CD ». Notez qu’en .wav, vous pouvez graver le CD chez vous pour l’utiliser dans votre lecteur... mais où sont alors la conscience et la cohérence écologiques ? C’est vous qui voyez !
« Ce design innovant s’adresse à l’auditeur respectueux de l’environnement, qui est conscient des effets nocifs du plastique dans l’environnement, mais estime qu’un téléchargement numérique n’est tout simplement pas suffisant. Avec votre achat, vous soutenez l’avenir de cette musique et les artistes qui la créent avec, en prime, le fait de recevoir une pièce tangible, création artistique d’une pochette d’album originale que vous pourrez apprécier avec fierté pour les années à venir. » nous expliquent les responsables du label.

C’est là qu’on entend le chœur des tech’novices : « Je ne sais pas faire ! Télécharger ? C’est pas pour moi !... ».
Fabian Almazan a pensé à tous ceux qui ne savent pas faire et propose des tutoriels en vidéo selon le type de navigateur internet que vous utilisez. Non seulement ce monsieur a le sens des affaires, d’une certaine forme d’innovation mais, en plus, il est pédagogue ! Seul hic (pour le moment ?), les explications sont données en anglais mais l’image est assez explicite.

Le jazz sur Biophilia records

On trouve d’ores et déjà quelques références (très) intéressantes du type Biophilio™ sur ce catalogue.
Nous avons particulièrement apprécié le nouveau projet de la contrebassiste new-yorkaise Linda Oh. Bryan & The Aardvarks ce n’est pas mal non plus... En attendant d’en écouter plus...


Linda May Han OH : « Walk Against Wind »


info document -  voir en grand cette imageCe disque a été présenté dans notre Pile de disques d’avril 2017 ...ici...
Contrebassiste de nombreuses formations, en particulier avec Dave Douglas et désormais Pat Metheny, Linda Oh n’a plus à faire la preuve de son talent. C’est aussi une musicienne capable de mener ses propres formations sur les chemins qu’elle trace avec beaucoup d’intelligence musicale. Elle l’a prouvé dans le passé et ce nouvel album le confirme pleinement avec un quartet dans lequel le saxophoniste Ben Wendel prend de l’envergure, très à l’aise avec la légèreté des mélodies pourtant assez complexes écrites par la contrebassiste. En invité, Fabian Almazan, musicien assez incontournable sur ce label ! Un album facile à se procurer partout dans le monde : il n’existe que sous forme numérique. Achetez, recevez votre Biophilio™ et téléchargez, donc !

> Biophilia Records / https://lindamayhanoh.bandcamp.com (numérique uniquement)

Linda Oh : contrebasse / Ben Wendel : saxophone ténor / Matthew Stevens : guitare / Justin Brown : batterie /+/ Fabian Almazan : piano (2, 6, 10) / Minji Park : janggu & kkwaenggwari (8)

01. Lucid Lullaby / 02. Firedancer / 03. Speech Impediment / 04. Perpluzzle / 05. Walk Against Wind / 06. Ikan Bilis / 07. Mother Reason / 08. Mantis / 09. Deepsea Dancers / 10. Midnight / 11. Western // Enregistré à Brooklyn Recording (New York) les 1er et 2 mars 2016.



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Sur la page « Bandcamp » de ce groupe, on trouve les « tags » suivants : jazz « ambient » indépendant, de chambre, cinématique, instrumental, pastoral made in New York. Une musique de belle facture en tout cas, inspirée par l’extraordinaire ouverture sur l’Espace qu’a permis le télescope Hubble dès 1996. La tête dans les étoiles mais avec une musique bien terrienne, un rien planante orchestrée avec finesse pour un ensemble qui sait s’accommoder des sonorités synthétiques (l’EWI...) sans tomber dans les clichés de la fusion standardisée. On notera la présence de Camila Meza dont la voix est un élément important de cette musique très mélodique. C’est le second album de cette formation sur ce label qu’elle inaugurait en 2011 avec « Heroes of Make Believe » (alors réalisé sous la forme d’un CD). « Sounds From The Deep Field » n’est disponible que sous le format numérique Biophilio™.

> Biophilia Records - numérique seulement. / biophiliarecords.bandcamp.com (parution 28/04/2017)

Camila Meza : voix / Dayna Stephens : EWI / Jesse Lewis : guitare / Chris Dingman : vibraphone / Fabian Almazan : piano / Bryan Copeland : contrebasse / Joe Nero : batterie

01. Supernova / 02. Eagle Nebula / 03. Tiny Skull Sized Kingdom / 04. Soon I’ll Be Leaving This World / 05. The Sky Turned To Grey / 06. Strange New Planet / 07. Bright Shimmering Lights / 08. LV 426 / 09. Magnetic Fields / 10. To Gaze Out the Cupola Module // Enregistré récemment au Clubhouse studio Rhinebeck, New York.



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À écouter aussi sur Biophilia Records :

et d’autres à paraître. Nous vous en parlerons !


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