« Le jazz tisse sa toile... »
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Deux soirs de jazz à Grenoble...

Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival

D 31 octobre 2017     H 19:00     A Dominique Giard    


Deux soirées dans le cadre du Grenoble-Alpes-Métropole Jazz Festival #13.

> Mercredi 18 octobre 2017 - 20h30 La Source (Fontaine - 38) :

Manu Katché - Alfio Origlio Quartet

Manu Katché : batterie / Alfio Origlio : piano, Fender Rhodes / Alex Tassel : bugle / Jérôme Regard : contrebasse, basse électrique.

Manu Katché -  voir en grand cette image
Manu Katché

Dans le cadre du Grenoble Alpes Métropole Jazz festival, Manu Katché et Alfio Origlio ont présenté une formation inédite sur scène mais composée de collaborateurs de longue date, comme l’a souligné en présentation du concert Salvatore Origlio, président du Jazz Club de Grenoble et lui-même batteur.
On ne présente plus Manu Katché qui a été propulsé à juste titre sur le devant de la scène pop-rock dans les années 1980, d’abord avec Michel Jonasz (je me souviens d’un très beau concert à Melun vers 1983…) puis avec Peter Gabriel revenu aux affaires en 1986 avec l’album « So » où l’on trouve aussi Tony Levin à la basse, Kate Bush en inoubliable duo sur Don’t Give Up, etc., sans oublier Stephan Eicher pour les superbes albums « Engelberg » (avec yodels et cloches de vaches du crû) et « Carcassonne » (avec des membres du groupe traditionnel Malicorne). On est loin du jazz, me direz-vous. Certes mais qu’importe ? Manu Katché a continué à pratiquer parallèlement le jazz et même la présentation télévisée d’une émission musicale très éclectique sur Arte, One shot not, qui nous a permis de l’entendre auprès d’une pléiade de musiciens et chanteurs de grand talent (souvenir ému du passage de Brian Ferry venu en ami, en toute modestie mais avec une grande classe). Bref, il est tellement partout qu’on pourrait l’appeler Manu 4G !

Alfio Origlio -  voir en grand cette image
Alfio Origlio

Ce concert de Fontaine est aussi l’occasion de mettre en lumière le talent d’Alfio Origlio comme pianiste, avec un subtil dosage de l’usage des pianos acoustique et électrique, mais aussi comme compositeur d’une bonne part des morceaux joués ce soir-là, les autres étant signés de Manu Katché et Alex Tassel.
Dans une salle comble réunissant 450 personnes enthousiastes, le quartet de circonstance a montré une belle interactivité et un grand équilibre, chaque musicien étant également mis en valeur. On aurait pu croire que ce groupe se produisait dans cette composition depuis déjà des lustres. Grand professionnalisme mais dans une attitude conviviale y compris vis-à-vis du public que Manu a remercié de s’être donné du mal pour venir si nombreux un soir de semaine ! Jérôme Regard passe avec un égal bonheur de la contrebasse à la basse électrique selon les ambiances des morceaux. Alex Tassel restera finalement au bugle, délaissant la trompette sans que cela nous gêne (la sonorité satinée du bugle à peine retouchée par quelques effets électroniques discrets allant très bien avec cette musique).
Il nous est ainsi donné d’écouter entre autres les compositions November 99, Song For Her, Clubbing de Manu Katché, La Sérénade à Loulou, Viking Boat, Cirrus d’Alfio Origlio, Brother Two, Brother Ten d’Alex Tassel. Belles compositions, brillantes improvisations sans tomber dans la démonstration y compris à la batterie, et visiblement un bonheur partagé entre les musiciens et le public, que demander de plus ?
Les présentations des morceaux par Manu Katché et Alfio Origlio n’ont pas manqué d’humour, par exemple sur le flegme d’un certain musicien norvégien (Tore Brunborg) présumé venu à une session en drakkar, à qui Alfio Origlio a dédié Viking Boat ! Ce ne sont pas les Normands de votre site préféré qui vont dénigrer le jazz scandinave cher à Manu Katché (écoutez ou réécoutez l’album live « Dresden » du Jan Garbarek Group !).
Fontaine, nous buvons de ton eau quand elle est si bonne (à La Source, en plus).

Photos d’archives de Marceau Brayard (Manu Katché) et Yves Dorison (Alfio Origlio) pour CultureJazz.fr


> Samedi 21 Octobre 2017 - 20h00 - Salle Navarre (Champ-sur-Drac).

« CHANT SUR DRAC »

Le Drac est un affluent de l’Isère, malheureusement connu pour l’accident survenu à une classe en visite pédagogique suite à un lâcher d’eau depuis un barrage en amont. Oublions ce regrettable événement et évoquons l’excellent dernier concert du Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival 2017 à la salle Navarre de Champ-sur-Drac, sorte de théâtre à l’italienne de dimension modeste mais favorable au contact entre musiciens et public. L’occasion de réunir deux formations amateur de très bon niveau, l’une grenobloise et l’autre lorraine, grâce à deux sœurs en faisant partie, l’une saxophoniste et l’autre chanteuse. Les Deux Sœurs, curieusement, sont aussi deux sommets calcaires incontournables situés juste en face, de l’autre côté de la vallée…
Comme l’indique Salvatore Origlio, président du Jazz Club de Grenoble, en introduction du concert, il s’agit d’une rencontre interrégionale avec comme invitée Hagondange, une ville au nom en ange d’une région laborieuse, comme aime à la chanter Bernard Lavilliers qui sera évoqué et joué d’une autre façon, tout aussi convaincante, pendant le spectacle. Pour l’heure, la salle offrait aussi un excellent abri contre la soudaine tempête sévissant à l’extérieur cette soirée-là !

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BIBACOHA

Guillaume Landragin : piano / Adrien Lauer : basse / Sofiane Bayalla : batterie / Philippe Engel : guitare / Grégory Blaud, Isabelle Huguet, Gaël Poulaine, Claudine Giroldini, Roland Panzieri : saxophones / Denis Zielinski, Daniel Glock, Bernard Bazani, Marc Stehlin : trompettes / Arnaud Schmitt, Mathis Marchal, Jonathan Malecki, Sébastien Blaud : trombones / (NB : deux remplacements par des musiciens locaux que je n’ai pu noter).

BIg BAnd du COnservatoire d’HAgondange, ça donne Bibacoha et rien que le nom sonne déjà bien. Impression confirmée tout au long du set : ça sonne superbement, ça pulse, sur un répertoire très varié et avec des arrangements chatoyants. Entre les morceaux, les présentations du leader et guitariste Philippe Engel sont les bienvenues, avec un souci de pédagogie non dénué d’humour. Les solistes sont inspirés, notamment le jeune trompettiste Marc Stehlin aux interventions pertinentes et assurées. Il nous est ainsi donné à entendre des adaptations irréprochables de morceaux de Snarky Puppy (Lingus), Bernard Lavilliers (La Salsa), Fred Pallem (Le Sacre du Tympan, ambiance film policier sur Plurabella’s Walk), Stevie Wonder (Living for the City), Manu Dibango (The Panther), et enfin du Youngblood Brass Band (Brooklyn) en rappel. Tout le monde y trouve son compte : c’est brillant, accessible, festif. On souhaite longue vie à ce big band convivial et décomplexé ! Le principe du big band peut parfois prendre un aspect guindé et discipliné, ce n’est pas le cas avec Bibacoha sans que cela nuise à la qualité de la musique proposée. On les retrouvera un peu plus tard en soirée…

CHARLATAN TRANSFER

Direction : François Bessac / Claude Belmudes : basse / Laurent Chofflet : batterie / Pascal Andreis : piano / Maëva Hueber, Karen Laborie, Marion Causse, Stéphanie Malbet-Monaco, Fabienne Soudée, Sarah Whittaker, Fanny Crouzet-Nespoulet, Philippe Ecrement, Yves Blanc, Michel Jauffret, Eduardo Ramos Bombin, Christophe Hui-Bon-Hoa : chant

Sept chanteuses et cinq chanteurs, plus un trio et un chef forment Charlatan Transfer, groupe vocal se référant au célèbre quatuor américain Manhattan Transfer, fondé en 1969 et nommé d’après le titre d’un roman de John Dos Passos publié en 1925, qui dresse un tableau de Manhattan durant le premier quart du XXe siècle, en suivant des individus d’origine complètement différentes dont les vies s’entrecroisent. Aucun charlatanisme dans le nom dérivé choisi par le groupe grenoblois, mais une certaine malice qui transparaît dans l’interprétation des morceaux savamment choisis et servis par une approche visuelle du spectacle, tant chorégraphique (osons le mot) que vestimentaire. Les chanteuses et chanteurs sont habillés en noir et turquoise, la touche turquoise variant selon les interprètes (cravate, chemise, boucles d’oreille, jupe,…). Le rendu visuel est superbe, dans un esprit de cabaret qui colle très bien avec le chant et la musique. Les dispositions et mouvements des vocalistes varient selon l’ambiance des pièces musicales, avec charme, élégance et humour. Bref, c’est un vrai show et c’est même parfois (raisonnablement) chaud !
Le groupe peut d’autant plus se permettre de soigner le look et le jeu de scène que les interprétations collectives et les soli sont remarquablement précises et soignées, sur des arrangements sophistiqués. Le répertoire est d’une grande diversité : hommage aux Double Six avec For Lena and Lennie (En Flânant dans Paris), Seal (Kiss from a Rose), Oliver Nelson (Stolen Moments, où le trompettiste solo de Bibacoha rejoint le groupe vocal avec grande maîtrise), New York Voices (Baroque Samba, un titre assez étonnant), Count Basie/Neal Hefti (Spankly) et même une référence à Céline Dion en témoignage d’éclectisme (Nature Boy qui est en fait d’Eden Ahbez). Les Beatles en rappel mais avec une chanson moins connue que d’autres (There Are Places I Remember). Magnifique ! Peut-être un petit bémol (sans lequel le chroniqueur pourrait être taxé d’un excès d’enthousiasme…) à propos de certaines voix masculines un peu moins assurées en solo, mais ce serait beaucoup trop demander dans ce contexte amateur (dans le bon sens du terme : qui aime et qu’on aime).
Pour couronner le tout et pour le plus grand bonheur du public, Les deux formations fusionnent pour trois morceaux où les arrangements du big band et du groupe vocal se marient admirablement : Causes Perdues de Bernard Lavilliers (encore lui !), They Can’t Take That Away From Me de George et Ira Gershwin , et enfin un tonitruant et grandiose Birdland de Josef Zawinul qui nous ramène au bulletin météo du soir : dehors la tempête est finie, il pleut. « Finalement l’automne est arrivé… ».