« Le jazz tisse sa toile... »
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En vitrine : six disques pour mars 2018

D 21 mars 2018     H 07:30     A Florence Ducommun, Jean-Louis Libois, Philippe Paschel    


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Keith JARRETT – Gary PEACOCK – Jack DeJOHNETTE : « After The Fall »

info document -  voir en grand cette image Depuis le ludion qui s’agitait autour du piano dans le quartet de Charles Lloyd en 1966, Keith Jarrett (Allentown, Penn. , 1945) a connu bien des avatars, y compris le succès commercial d’un disque en solo enregistré à Cologne. C’est en 1983 que parut le premier disque en trio (Gary Peacock et Jack DeJohnette, ce dernier était déjà dans le quartet de Charles Lloyd) et depuis de nombreux disques ont paru, principalement des enregistrements publics. C’est le cas de ce dernier disque où l’on retrouve la fluidité gracieuse du lideur, l’assise du bassiste et la présence rythmique souple et complexe du batteur. Rien de nouveau, mais tout est neuf.

Philippe Paschel

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Lee KONITZ : « Frescalalto »

info document -  voir en grand cette imageLe secret du souigne est bien exposé par Lee Konitz (Chicago 1927) dans ce disque récent : clarté des idées et de leur exposition, phrasé pulsé. On est étonné de la précision du jeu, de la fluidité de l’improvisation. Il faut être bien attentif pour se rendre compte que le souffle est un peu court, l’articulation de la phrase le masque si bien. C’est le chanteur qui dénonce l’âge de l’altiste. Une musique qui est toujours sur le qui-vive. Lee Konitz est comme ce vieux professeur japonais qui réunit tous les ans ses élèves pour leur dire qu’il est encore vivant : “Mâda da yo” [Kurosawa Akira, 1993], il nous dit que la musique est toujours en accord avec lui et nous illumine encore.

Philippe Paschel

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Simon MARTINEAU : « One »

info document -  voir en grand cette imageOne c’est le premier et certainement pas le dernier album en leader du jeune guitariste Simon Martineau. On attend Two déjà avec impatience, car ce disque sur le label WeSeeMusicRecords est déjà plein de talent. Écouté une bonne dizaine de fois en boucle, mon plaisir est allé chaque fois grandissant. Le guitariste assure une partie des compositions, ainsi que le saxophoniste Robin Nicaise, le contrebassiste étant Blaise Chevallier et le batteur Fred Pasqua qui ne sont pas des inconnus loin de là ! Leurs collaborations multiples et internationales les ont amenés à mûrir un projet en quartet où les influences multiples expliquent la richesse mélodique des huit thèmes exposés autour de trois courts interludes.

Presque toutes les compositions (Phobos, 9777 et Actual Game en tête) sont toniques, chantantes et obsédantes. Guitare et saxophone se croisent avec un équilibre rare soutenu par la basse et la batterie toutes deux d’une efficacité redoutable. Le tout s’articule autour de petites « respirations » bienvenues dont la première amène une des deux compositions au tempo lent, Félix qui même en l’ignorant, fait aussitôt penser par sa douceur à la célébration d’une naissance. Tarot et Poison continuent à frayer leur chemin insidieux et infaillible dans la tête, surtout Poison qui porte bien son nom. Un beau son, bien enraciné dans ce terreau qui a permis l’éclosion du quartet, comme Like Fat Cats beaucoup plus swinguant et comportant un intéressant solo de guitare. Duke The Great est une belle conclusion en forme de ballade calme en hommage à Duke Ellington avec une intro de Simon Martineau et un joli solo de Blaise Chevallier soutenu avec délicatesse par les balais de Fred Pasqua. Voilà donc un duo guitare-saxophone d’une grande clarté avec une fraîcheur de son rares, soutenu par une excellente paire rythmique. Toutefois quelques prises de risques auraient permis au groupe de faire monter la pression d’un cran. Mais cela devrait plaire à un large public par sa fluidité et belle interaction entre un saxophone et une guitare toujours séduisants.

Florence Ducommun


Fabien MARY OCTET : « Left Arm Blues (and other New York Stories) »

info document -  voir en grand cette image Le goût de la fidélité.

Fidèle, je suis resté fidèle (Ch.Trenet), Toute la musique que j’aime (J.H ) : airs connus comme autant de possibles professions de foi de ce trompettiste trentenaire et de ses acolytes. Fidélité au hard bop certes ; fidélité à l’esprit et à la lettre et fidélité à ses musiciens. Cette histoire nous l’avons vécue en pointillé de par les nombreux séjours normands effectués par ces musiciens dans des formations à géométrie variable et que nous avons pu apprécier dans leur cheminement. Avec David Sauzay d’abord, saxophoniste transfuge du Crescent installé à Caen, échangé probablement (nous plaisantons) avec l’autre saxophoniste, le caennais Gaël Horellou parti s‘établir un temps à Macon. Si la formation qui les fédérait pouvait changer de leader au fil des enregistrements, le même jazz les unissait lorsqu’il ne les réunissait pas. Ainsi le trompettiste Fabien Mary était-il présent aux côtés du saxophoniste dans ses enregistrement aussi bien de 2008 Real Bue (en compagnie du pianiste Alain-Jean Marie) que dans Open Highway en 2011 (avec Mourad Benhammou) tandis qu’il était l’’accompagnateur en 2016 dans le disque du batteur March of Siamese Children… Parler de complicité, de goûts communs n’est donc pas exagéré. Mais aussi de variété car dans ce tronc commun, chacun ses préférences selon l’instrument leader. Sans compter l’inspiration personnelle lorsqu’il s’agit –comme ici par exemple- de compositions originales issues des souvenirs ramenés des séjours new-yorkais du trompettiste, y compris celui d’un bras cassé qui donne son titre à l’album et qui a été l’occasion pour le musicien de substituer la composition à l’instrument lui-même. Naturellement, ces musiciens ont pour la plupart le même langage. On a souvent évoqué le trompettiste Kenny Dorhan à propos de Fabien Mary et Michel Contat ne l’a-t-il pas qualifié de meilleur trompettiste français de hard bop des années 60 ? (s’il avait été en fonction à cette époque !). Ni copie servile ni tentation irrévérencieuse pour ces musiciens jazzmen revivalers. Et ce qui peut passer -à juste titre- pour de la retenue (c’est le sentiment que nous avait inspiré leur prestation : D.Sauzay leader -ou bien Fabien Mary ?- à Coutances il y a 2 ou 3 ans ; mais jouer devant un millier de spectateurs n’est pas une mince affaire) n’est que le fruit d’une musique certes à la rythmique carrée mais aux arrangements et thèmes raffinés.
Un œil dans le rétroviseur, cet octet a aussi l’énergie et l’allant pour faire vivre son jazz de prédilection (conserver, c’est aussi maintenir vivant). Fabien Mary en premier lieu bien sûr qui a retrouvé l‘usage de ses deux bras, les trois saxophonistes D.Sauzay, Pierrick Pédron, Thomas Savy (chacun sa touch),le guitariste Hugo Lippi et le batteur Mourad Benhammou toujours aux jeux subtils, sans oublier le contrebassiste Fabien Marcoz et le tromboniste Jerry Edwards. (un américain à Paris ) donnent à cet octet des allures de big band en miniature certes mais avec une écriture, une puissance et une qualité des chorus qui n’a rien à lui envier.

Jean-Louis Libois

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Omri MOR : « It’s about time »

info document -  voir en grand cette imageLa première fois que j’ai entendu Omri Mor, c’était avec le contrebassiste Avishai Cohen au Festival des Cinq Continents à Marseille en juillet 2012. Une présence sur scène, une fougue et un doigté unique, tout ce que j’avais lu sur lui s’est matérialisé sous mes yeux et j’ai aussitôt compris l’engouement qu’il soulève depuis plusieurs années en Israël tout d’abord puis dans ses tournées internationales. Les meilleurs professeurs, l’attirance vers tous les styles du classique à la musique arabo-andalouse et au Chaâbi algérien expliquent pour ce premier album un résultat kaleidoscopique très séduisant. C’est sous la direction du batteur percussionniste algérien Karim Ziad qu’il enregistre ce premier album qui sort sur le label Naive. Il y est accompagné du contrebassiste Avishai Cohen ( Michel Alibo le remplace à la basse électrique sur Zarka et Marrakech) et du même Karim Ziad à la batterie (sauf sur Dawn où il s’agit de Donald Kontomanou). Toutes les compositions sont du pianiste sauf Marrakech (du oudiste et chanteur marocain Hamid Zahir) et You & the Night & the Music (Howard Dietz & Arthur Schwartz),

Alors bien sûr, les amateurs de worldjazz seront conquis, car chacun pourra s’y reconnaître. Comment ne pas se mettre à danser par exemple sur l’entraînant Zarka où le bassiste MicheL Alibo y donne une infernale impulsion ? Dawn est certainement la composition la plus élaborée et séduisante en trio avec Donald Kontomanou. Marrakech nous entraîne à nouveau dans un rythme effréné avec sur ce dernier la voix de M’aalem Abdelkbir Merchan, fervent chanteur marocain de musique gnaouie. Battements de cœur assurés. Cependant, je suis restée sur ma faim malgré un jeu toujours (trop ?) virtuose. Less is More. Mené souvent tambour battant, la tension baisse de temps en temps surtout sur Tears et Sefarad (jolis duos piano contrebasse où l’on reconnaît bien le jeu chantant d’Avishai Cohen avec un piano curieusement et heureusement en retenue) et You & the Night & the Music qui fait office de « cherchez l’intrus » dans ce disque dont la couleur majoritaire est arabo-andalouse. Un joli rappel solo pour souligner l’amour du musicien pour le classique qu’on aurait souhaité peut-être plus présent dans ce disque.

Florence Ducommun

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Yves ROUSSEAU : « Murmures »

info document -  voir en grand cette image info document -  voir en grand cette image« La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique ». Voilà ce qu’on pouvait lire dans la magnifique Préface à « Poètes, vos papiers » de Léo Ferré écrit en 1956, déjà honoré par Yves Rousseau en deux volets (avec les voix de Claudia Solal et Jeanne Added en 2007 puis Maria Laura Baccarini qui remplaçait cette dernière en 2010). Connaissant donc la passion du contrebassiste pour la littérature et la poésie, rien n’est moins étonnant que de le voir célébrer cette fois la voix du grand poète François Cheng dans un nouveau quintet plus acoustique à travers ce disque « murmures » entièrement original autour des textes de cet écrivain, qui paraîtra le 30 mars sur le label Abalone. Avec lui, nous trouvons Anne Le Goff au chant, Pierrick Hardy à la guitare, Thomas Savy à la clarinette basse et Keyvan Chemirani aux percussions. Soulignons aussi une superbe prise de son, le disque ayant été enregistré aux Studios de La Buissonne de Gérard de Haro à Pernes-les-Fontaines en juillet 2017.
Je connaissais François Cheng au travers de son petit livre « Le Long d’Un Amour » d’où sont tirés quelques-unes des poésies chantées par cette artiste plurielle qu’est Anne Le Goff dont la voix chaude et nuancée sert admirablement cette création remarquable à plus d’un titre. On peut retrouver la plupart des poèmes dans le recueil « A L’Orient de Tout » qui rassemble d’ailleurs des poésies contenues dans « Double Chant » et justement « Le Long d’un Amour ». « Le vers est musique » disait aussi Léo Ferré et Yves Rousseau l’a bien compris. Comme deux langues différentes, paroles et instruments se répondent et se complètent, s’entremêlent et s’accordent. La musique est ici comme une ponctuation sophistiquée des mots choisis par François Cheng qui prennent ainsi une saveur supplémentaire. On succombe d’entrée de jeu avec le premier poème Un jour, les pierres, où le minéral de la pierre répond à l’organique de la voix et des instruments. Tout est voix d’ailleurs, celle charnelle de la clarinette basse, celle grave de la contrebasse et celles pleines de nuances de la guitare ou des percussions. Les duos sont des écrins où se pose la voix : clarinette-guitare ou clarinette-percussions quand ce n’est pas un duo contrebasse- voix comme dans la poésie Où rivière et fleuve. Quelques solos intenses qui débutent où terminent un texte également. Le tout s’articule autour de « murmures », où l’on entend la voix confidentielle d’Anne Le Goff et sa respiration sur 25 secondes d’éternité… Vraiment une jolie façon de célébrer le vingtième Printemps des Poètes, que je recommande très vivement.

Florence Ducommun

> Cf. informations détaillées au bas de cette page...


Références, détails et liens :

Keith JARRETT – Gary PEACOCK – Jack DeJOHNETTE : « After The Fall »

> ECM - 671 6506 (2 CDs) / Universal Music France - (voir aussi la Pile de Disques de mars 2018, ici...)

Keith Jarrett : piano / Gary Peacock : contrebasse / Jack DeJohnette : batterie

CD1 : 01. The Masquerade Is Over / 02. Scrapple From The Apple / 03. Old Folks / 04. Autumn Leaves
CD2 : 01. Bouncin’ With Bud / 02. Doxy / 03. I’ll See You Again / 04. Late Lament / 05. One For Majid / 06. Santa Claus Is Coming To Town / 07. Moment’s Notice / 08. When I Fall In Love // Enregistré en concert le 14 novembre 1998 à Newark (New Jersey – USA).


Lee KONITZ : « Frescalalto »

> Impulse ! - 0602557123159 / Universal - (voir aussi la Pile de Disques de février 2017, ici...)

Lee Konitz : saxophone alto, voix / Kenny Barron : piano / Peter Washington : contrebasse / Kenny Washington : batterie

01. Stella by Starlight (N. Washington-V.Young) / 02. Thingin (Konitz) / 03. Darn That Dream (DeLange-VanHeusen) / 04. Kary’s Trance (Konitz) / 05. Out of Nowhere (Green-Hayman-Sour) / 06. Gundula (Konitz) / 07. Invitation (Bronislaw-Webster) / 08. Cherokee (Noble) // Enregistré à New York les 30 novembre et 1er décembre 2015.

> We See Music Records - WSMD006-18 / Absilone – Socadisc

Simon Martineau : guitare / Robin Nicaise : saxophone ténor / Blaise Chevallier : contrebasse / Fred Pasqua : batterie

01. Phobos (Martineau) / 02. 9777 (Nicaise) / 03. Interlude (Martineau) / 04. Félix (Martineau) / 05. Actual Game (Nicaise) / 06. Deimos (Martineau) / 07. Tarot (Martineau) / 08. Poison (Nicaise) / 09. Thyroxine (Martineau) / 10. Like Fat Cats (Nicaise) / 11. Duke, The Great (Nicaise) // Enregistré les 12 et 13 février 2017 au studio Mesa, Soignolles-en-Brie (France).

> Jazz & People - JPCD818002 / [PIAS] - (voir aussi la Pile de Disques de mars 2018, ici...)

Fabien Mary : trompette / Pierrick Pédron : saxophone alto / David Sauzay : saxophone ténor, flûte / Thomas Savy : saxophone baryton / Jerry Edwards : trombone / Hugo Lippi : guitare / Fabien Marcoz : contrebasse / Mourad Benhammou : batterie

01. Don’t Look Back / 02. Quercus Robur / 03. Song For Milie / 04. Left Arm Blues / 05. Dark ’n’ Stormy / 06. Walk on the Highline / 07. Autumn Melodie / 08. You Make it Feel So Fun / 09. All the Things You Are // Enregistré récemment au Studio de Meudon.

> Naïve / Naïve - (voir aussi la Pile de Disques de mars 2018, ici...)

Omri Mor : piano, compositions sauf 7 et 9 / Avishaï Cohen : contrebasse / Michel Alibo : basse électrique / Karim Ziad : batterie / Donald Kontomanou : batterie / M’aalem Abdelkbir Merchan : voix.

01. Ramel Maya / 02. Atlas / 03. Tears / 04. Sica / 05. Zarka / 06. Dawn / 07. Marrakech (H.Zahir) / 08. Sefarad / 09. You and The Night and the music (Schwartz-Dietz) // Enregistré récemment en France (probablement).


Yves ROUSSEAU : « Murmures »

> Abalone - AB032 / L’Autre Distribution

Anne Le Goff : voix / Pierrick Hardy : guitares acoustiques 6 et 12 cordes / Thomas Savy : clarinette basse / Keyvan Chemirani : zarb, dafs, percussions / Yves Rousseau : contrebasse, compositions

01. Un jour, les pierres / 02. Ce sera par un jour d’automne / 03. Nous n’y pouvons plus rien / 04. Caresses / 05. Jusqu’à la fin / 06. murmures / 07. Où rivière et fleuve / 08. Un jour si je me perds en toi / 09. Enigme / 010. Chaque jour de toute une vie / 11. Avoir tout dit / 12. Pierre à encre // Enregistré aux Studios La Buissonne (Pernes-les-Fontaines, 84) par gérard de Haro en juillet 2017.