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...SOUS LES POMMIERS 2018 : au fil du jazz.

D 14 mai 2018     H 11:17     A Thierry Giard    


Tout coutançais (dont je suis), vit toujours le choc des contrastes au mois de mai. On passe du quotidien un peu fade d’une petite ville bien tranquille à une incroyable explosion de vie. On avait bien remarqué que ça s’activait un peu partout ces derniers temps : les prémices ne trompent pas. En quelques heures, la cité s’enfièvre, s’agite, vibre, explose de couleurs, envahie par un torrent de musiques, submergée par une vague optimiste. Le festival Jazz sous les Pommiers a débuté. La marée est au plus haut. Il y a du monde partout. Sous un soleil globalement radieux et généreux pour parfaire le tout puisque la pluie s’est faite très discrète.
Plutôt porté sur le jazz-jazz que sur les musiques dites cousines, j’avais pris le temps de baliser mon parcours sur les grilles d’un programme haute-densité. A priori, Il y avait de bien belles choses à déguster au fil cette semaine et pour éviter l’indigestion et la saturation, j’avais tenté de sélectionner l’essentiel pour mes oreilles en passant inévitablement à côté d’autres beaux moments. Il faut savoir choisir.
Voici donc mon itinéraire au fil du jazz entre le 5 et le 12 mai. Mon vieil appareil photo compact n’est pas l’outil d’un pro mais il m’a permis de cueillir des instants pour illustrer ce parcours. Ce fut pour tout dire une belle édition qui a su faire une place à des musiques souvent passionnantes.

Viendra ensuite le compte-rendu photographique de Sébastien Toulorge qui a suivi pour CultureJazz son propre itinéraire dans ce programme où une multitude de choix sont possibles.


Au fil des jours :
Samedi 5 mai | Dimanche 6 mai | Mardi 8 mai | Mercredi 9 mai | Jeudi 10 mai | Vendredi 11 mai | Samedi 12 mai


samedi 5 mai

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Magic Mirors, 14h30.
Entre et piano et l’orgue, Sébastien Palis se livre à un brillant exercice de soundpainting pour modeler la musique jouée par ses quatre complices : Quentin Ghomari (trompette, trompette à coulisse), Raphaël Quenehen (saxophones), Thibault Cellier (contrebasse) et Jérémie Piazza (batterie). Depuis le disque très artisanal de 2012 intitulé « Your Beautiful Mother » enregistré dans leur bonne ville de Rouen, le groupe Papanosh impose sa marque : les pieds bien ancrés dans le jazz et la tête haute pour faire entendre une voix singulière. Ils enregistrent maintenant à Brooklyn, reliant la Seine à l’Hudson pour marquer leur rattachement au jazz de là-bas tout en restant fièrement des membres actif du collectif rouennais « Les Vibrants Défricheurs ». Vibrants, indiscutablement à l’écoute de ce concert. Défricheurs ? Considérons qu’ils entretiennent des espaces ouverts sur les traces d’un Charles Mingus qui reste sans doute leur principal maître à penser (Leur disque ¡Oh Yeah Oh ! (2015) atteste de leur attachement à la musique du contrebassiste). Une attirance pour New York et les USA renforcé par l’amitié qu’ils ont nouée avec le saxophoniste et vocaliste Roy Nathanson, poète et libre-penseur du jazz, qui reste depuis un de leurs fidèles complices. Un bien beau parcours pour une formation qui a su s’imposer dans le paysage du jazz européen.
Disque récent : PAPANOSH – Roy NATHANSON with Marc RIBOT : « Home Songs » dans la pile de disques d’avril 2018.

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Quelques pas en ville après ce premier concert et un passage dans la salle de l’Orchestre d’Harmonie de Coutances où répètent l’Orphicube d’Alban Darche et 80 musiciens de tous âges issus des écoles de musique de la Manche et de l’Orne...
Le trompettiste Olivier Laisney, de retour « à la maison », se retrouve dans une salle qu’il connaît bien ! Aujourd’hui très recherché dans les musiques inventives de l’Hexagone, il a su trouver sa place dans la nouvelle formule de l’Orphicube aux côtés du batteur Christophe Lavergne (qui veille !) et du saxophoniste (ici au soprano) Matthieu Donarier. Le filage de cette création que j’ai pu écouter au milieu de l’Orphicube à côté de la contrebasse de Sébastien Boisseau est très prometteur. La suite dimanche 6 pour la création mondiale !

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Salle Marcel Hélie
Ça sent la sortie de la Crise ! Les big bands américains sont de retour. C’est que faire traverser l’Atlantique à une vingtaine de personnes, ça coûte cher surtout quand, comme Christian McBride, on ne s’entoure pas de seconds couteaux ! « Sans doute une grosse machine à swing ! » me prédisait Sébastien Boisseau curieux d’écouter son confrère contrebassiste et leader. Il avait vu juste. Ne cherchez pas de traces de créativité dans cette musique qui avance totalement dans les clous d’un jazz sans surprises mais agréable à écouter et même non dénué d’intérêt pas la présence de solistes qui tiennent la route comme l’excellent saxophoniste Marcus Strickland, les trompettistes Brandon Lee et Bobby Benack et un remarquable pupitre de trombones (Steve Davis, Michael Dease, James Burton et Douglas Purviance). Un concert « à l’américaine » sur un programme allant du swing au funk avec le MC chauffeur de salle et l’inévitable chanteuse (Melissa Walker qui ne démérite pas). On retiendra une heureuse initiative : Christian McBride invite un jeune contrebassiste « local » à le suppléer au début et à la fin du concert, histoire de soigner son entrée en jouant la star ! C’est Octave Equilbec qui aura eu l’honneur de jouer ce rôle. Un jeune contrebassiste normand dont le père est un des bénévoles présents dès l’origine du festival. Juste retour des choses !


Dimanche 6 mai :

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14h30, Magic Mirors.
Didier Ithursarry étant « parti travailler pour la concurrence ! » dixit Jocelyn Mienniel, le flûtiste, (comprenez qu’il joue au même moment avec Alban Darche de l’autre côté de la cathédrale !), c’est Lionel Suarez qui tient pour l’occasion l’accordéon pour jouer « Le Bal Perdu » avec l’Ensemble Art Sonic. La valse musette et des bijoux de la chanson française sont réarrangés avec finesse et subtilité pour ce quintet à vents augmenté. On connaissait le disque (vivement recommandé - voir ici !) et c’est tout aussi beau et émouvant en concert. Aucun danseur ne s’est risqué sur l’anneau se parquet, de crainte sans doute de troubler la sérénité de l’instant.
Lionel Suarez : accordéon / Sophie Bernado : basson / Baptiste Germser : cor / Cédric Chatelain (de dos) : hautbois / Sylvain Rifflet : clarinette / Jocelyn Mienniel : flûtes.

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Salle Marcel Hélie.
Retenu par la concurrence (Ensemble Art Sonic au Magic Mirrors), je n’aurai donc pas assisté à la création mondiale de l’Atomic Flonflons Orchestra. Second service donc pour cette œuvre cuisinée par le chef Alban Darche en parfaite harmonie avec son compère Matthieu Donarier, résident du département de l’Orne qui a contribué à la participation d’écoles de musiques de ce département mais aussi de la Manche pour ce projet ambitieux. Oui, on peut impliquer des musiciens amateurs, des petits aux seniors, sur des projets ambitieux et exigeants en s’offrant grâce à un travail soutenu une magnifique occasion de faire progresser la pratique et avancer la culture musicale de chacun. J’ai eu l’occasion à de multiples reprises (depuis presque quinze ans !) de souligner les qualités de compositeur, d’arrangeur et d’instrumentiste d’Alban Darche. Nous en avons eu la preuve éclatante dans ce set en deux parties avec une courte prestation de l’Orphicube, le nonet haut-de-gamme sur deux compositions extraites de l’album tout récent (« The Atomic Flonflons » - avril 2018)...
Nathalie Darche : piano / Alban Darche : saxophones, composition, direction / Chloé Cailleton : voix / Didier Ithursarry : accordéon / Sébastien Boisseau : contrebasse / Stéphane Payen : saxophone alto / Matthieu Donarier : saxophones, clarinette / Olivier Laisney : trompette / Christophe Lavergne : batterie

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Puis ce fut l’entrée en lisse de cet énorme orchestre... Une suite de compositions aux formes contrastées réunies par une trame narrative construite sur la thématique inquiétante mais positive de la destruction atomique suivie de reconstruction d’une société nouvelle. Un coup de chapeau au jeune narrateur qui s’est remarquablement illustré dans une tâche pas si facile. Et un tonnerre d’applaudissements pour ces musiciens de niveaux et d’âges contrastés qui se sont totalement impliqués dans cette création en instrumentistes et souvent chanteurs totalement investis et conquis par ce projet d’envergure.


Mardi 8 mai 2018.

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Magic Mirors
Le saxophoniste Éric Seva aime sortir de la routine par le biais de nouveaux projets qui interrogent souvent sa propre histoire. Souvenirs des dancings de jadis dans « Folklores Imaginaires » (2005) et aujourd’hui une envie de revenir au blues fondateur, une de ses portes d’entrées dans la monde de la musique et du jazz. Avec des piliers aussi robustes et polyvalents que Stéphane Cravero (piano, orgue), Christophe Wallemme (contrebasse, basse), Stéphane Huchard (batterie) et Manu Galvin (guitare), Éric Séva propose son approche sensible et recherchée du blues en formule instrumentale et avec pour gage d’authenticité la belle voix de Michael Robinson invité sur ce projet intitulé « Body & Blues ». Succès mérité !

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Théâtre
C’est dans le contact avec le public, dans l’enjeu du concert que Raphaël Imbert délivre toute la puissance « habitée » de sa musique. Musicien-chercheur, ethnomusicologue avide de connaissance, il se consacre à l’étude du spirituel dans l’art et dans le jazz tout particulièrement (lire « Jazz supreme » - collection L’éclat - ed. poche 2018). On ne s’étonnera pas que ce concert ait pris une dimension quasi méta-physique, une sorte d’élévation de l’esprit qui fit de lui un quasi-prophète de l’essence du jazz au-delà des genres. Blues, pop-music, gospel, tout fait sens à ce moment par l’engagement total de cette confrérie autour du jeu toujours ardent du saxophoniste et de la puissance des voix de Marion Rampal (complice de R. Imbert depuis belle lurette) et de l’Aurore Imbert, la sœur du leader.

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Un groupe sans basse mais à deux guitares. Formidable idée que de réunir le marseillais Thomas Weirich et le francilien Pierre Durand, autre musicien habité par le jazz des racines qui ne pouvait que croiser le chemin de Raphaël Imbert : ça semblait écrit ! Résidente artistique coutançaise, Anne Paceo a rejoint le septet pour conclure ce concert. Un univers musical qu’elle connaît bien pour avoir participé au précédent projet de Raphaël Imbert, Music is My Home. Ovation, évidemment !
Thomas Weirich : guitare / Raphaël Imbert : saxophones, piano / Jean-Luc DiFraya : batterie, voix / Aurore Imbert : voix / Marion Rampal : voix / Pierre-François Blanchard : piano, claviers / Anne Paceo (invitée) : batterie / Pierre Durand : guitare.

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Théâtre
Le groupe Sound Prints emprunte son intitulé à « Footprints », la composition de Wayne Shorter. Une manière pour Dave Douglas et Joe Lovano d’évoquer leur lien d’amitié avec le saxophoniste qui a soutenu le lancement de ce formidable quintet créé en 2011. Deux compositions de Wayne Shorter figuraient au programme de ce concert coutançais, Fee Fi Fi Fum et Juju parmi une belle suite de pièces originales qui se révèlent en tout point conformes avec la démarche de Dave Douglas : reconstruire le jazz en constante mutation sur les fondements historique d’une musique qui ne peut qu’être libre dans sa forme et son esprit. Au delà de la réunion de deux artistes majeur, Sound Prints est un quintet parfaitement équilibré qui développe des modes de jeu élaborés. On retiendra de cette soirée la pertinence des propos de Joe Lovano et Dave Douglas, la présence très inspirée de Linda May Han Oh (musicienne que nous suivons depuis longtemps avec grand intérêt), le sourire et l’implacable efficacité d’un Joey Baron impérial et la sobriété du jeu de Lawrence Fields, solide repère harmonique de ce quintet. Du jazz de maîtres.
Soundprints : Lawrence Fields : piano / Dave Douglas : trompette / Linda May Han Oh : contrebasse / Joey Baron : batterie / Joe Lovano : saxophone ténor


Mercredi 9 mai 2018.

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Théâtre
Guillaume de Chassy (piano, compositions), Andy Sheppard (saxophones ténor et soprano) et Christophe Marguet (batterie, compositions) s’étaient inspirés de l’œuvre de Shakespeare dans leur précédent projet. Cette fois, c’est Marlène Dietrich, sa vie, son engagement, son image emblématique d’une époque qui a éclairé les deux compositeurs du trio. Un travail très étayé et documenté associant avec finesse musique originale et archives sonores qu’ils nous proposent dans ce concert à dimension historique une fois encore. Un moment de musique porté par une profonde sensibilité qui transmet l’attachement aux valeurs fondamentales de notre société que défendait Marlène Dietrich et que Guillaume de Chassy n’a pas manqué de souligner en référence à ce que le monde vit aujourd’hui. La force tranquille de ce trio à énergie positive n’a pas manqué sa cible : public conquis !

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Théâtre
L’amour, l’amour, l’amour, toujours ! Lucienne Boyer chantait jadis « Parlez-moi d’amour » et le Grand Orchestre du Tricot (organe suprème du Tricollectif) a repris cette chanson à son compte comme une partie du répertoire de la chanteuse (1901-1983) qui connut un certain succès à l’entre-deux-guerres. Un concert explosif autour de la voix et de la présence rayonnante et inspirée d’Angela Flahaut placée au centre d’une tragi-comédie musicale décoiffante menée tambour battant par la folle équipe du Tricot qui enchaîne les projets à un rythme effréné, celui-ci restant sans doute le plus « populaire » de leur série récente. On rappellera les trois œuvres (le mot n’est pas trop fort !) enregistrées par le G.O.T. qui accordent toutes une place centrale à la voix chantée, parlée : « Atomic Spoutnik » avec la participation de l’artiste dadaïste André Robillard (voir ici - février 2017) et la dernière en date pour la parution, « Jericho Sinfonia » écrite et dirigée par Christophe Monniot (avril 2018 - OUI ! CultureJazz - ici...).
Un orchestre dont la prestation scénique théatralisée n’a pas manqué de rappeler le regretté Willem Breuker Kollektief (de beaux souvenirs à Coutances).
Angela Flahaut : chant / Roberto Negro : piano, arrangements / Théo Ceccaldi : violon, arrangements / Valentin Ceccaldi : violoncelle, arrangements / Sacha Gillard : clarinettes / Quentin Biardeau : saxophones / Gabriel Lemaire : saxophones / Fidel Fourneyron : trombone / Eric Amrofel : guitare, banjo / Stéphane Decolly : basse / Florian Satche : batterie.


Jeudi 10 mai 2018

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Magic Mirrors
Je m’étonnais dans ma « Pile de disques » de ce mois de mai d’entendre Chris Cheek s’exprimer brillamment au saxophone baryton dans le dernier album du big-band newyorkais du batteur Dafnis Prieto (« Back to the sunset » mai 2018). À Coutances, il retrouvait ses saxophones plus habituels, ténor et soprano, en membre associé du trio Fox avec Pierre Perchaud (guitare), Nicolas Moreaux (contrebasse) et Antoine Paganotti (batterie) sur le répertoire de leur dernier album « Pelican Blues ». Eux aussi se tournent vers les musiques du sud des États-Unis pour revenir aux racines comme peuvent le faire Éric Séva, Raphaël Imbert ou Pierre Durand présents également sur ce festival. Une musique bien campée sur des bases solides, servie par des solistes volubiles et inspirés (Cheek, Perchaud).
Disque récent : FOX + Chris CHEEK : « Pelican Blues » - Octobre 2017 - CultureJazz ...ici...

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Marius Neset a su faire la preuve de son fort potentiel au cours d’un concert d’une grande densité qui a rapidement conquis le public coutançais toujours prompt à fêter avec chaleur ses nouvelles découvertes. Dans ce cas, on le comprend et la standing ovation finale ne semblait pas usurpée pour remercier ce jeune et brillantissime saxophoniste qui est aussi un compositeur imaginatif et cultivé. Personne (ou presque) ne s’est souvenu que le norvégien avait déjà joué sur cette même scène le 22 mai 2009 (voir ici) ! Il faisait alors partie de la formidable « bande de jeunes » scandinaves du conservatoire de jazz de Copenhague embarqués dans l’aventure StormChaser par leur « prof » britannique excentrique et génial : Django Bates. Les années ont passé et on perçoit toujours ça et là l’influence du compositeur Bates dans la musique éclectique mais très cohérente de Marius Neset. Musicien à suivre de près !

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Que de bienveillance et d’admiration sincère dans le regard que Joachim Kühn porte sur son jeune ami Émile Parisien ! Et si le saxophoniste est ici « l’employeur » du pianiste, il n’y a dans ce groupe aucune hiérarchie mais une complicité évidente construite depuis la fondation du quintet à l’été 2015, y compris avec Florent Nisse qui a désormais remplacé Simon Tailleu à la contrebasse. Transporté par la joie de présenter cette formation sur la scène coutançaises, Émile Parisien a sorti le grand jeu (de scène) en contorsionniste toujours aux limites de l’équilibre, physiquement et musicalement mais c’est peut-être bien Manu Codjia qui aura été le plus inventif, le plus inspiré dans ses élans solistes au cours de ce concert au point de devoir s’éclipser pour un changement de corde qui n’avait pas su résister à ses assauts rageurs ! Indiscutablement et sans surprises un moment fort de cette édition 2018.

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Vendredi 11 mai 2018.

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Dans un jardin privé, rue Quesnel-Morinière
Jean-Paul Autin (saxophones alto et sopranino, appeaux), Jean-Luc Cappozzo (trompette et bugle), Daniel Malavergne (tuba, euphonium), Éric Brochard (contrebasse) et Mathieu Desbordes (batterie) étaient réunis dans cette création en hommage à leur ami saxophoniste Jean Aussanaire décédé en septembre 2017 à l’âge de 56 ans. Jean Aussanaire était devenu un des membres très actifs de l’ARFI à Lyon depuis de nombreuses années et ce sont donc ses copains de l’ARFI (ou sympathisants assimilés) qui lui ont rendu ce bel hommage sensible et émouvant dans le calme d’un superbe jardin coutançais. Pour ce concert-promenade, le soleil s’est montré généreux et le vent turbulent a fait valser les partitions. Voyons-y une invitation à improviser pour ces musiciens libres et solidaires... Esprit de Jean, tu étais là, c’est certain.

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Dans un jardin, Hôpital de Coutances
Seconde escale du concert-promenade, un agréable moment avec le Trio Barolo. Une formation « du sud » qui a goûté le soleil normand (en notant la fraîcheur cependant) sans manquer d’apporter la chaleur des musiques du bassin méditerranéen ou de faire tourner les têtes avec deux valses de caractère. Une démarche qui trouve son originalité dans le talent de chanteur lyrique de l’accordéoniste Rémy Poulakis et positionne ainsi ce trio hors des sentiers battus et rebattus des musiques d’amalgames inter-culturels.
Rémy Poulakis : accordéon, voix, chant lyrique / Francesco Castellani : trombone, voix / Philippe Euvrard : contrebasse

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Salle Marcel Hélie
Quelle étrange impression pour ce concert de Kamasi Washington ! Le dispositif scénique dominé par deux batteries haut perchées laisse imaginer une musique fortement (!) arrimée à son époque... Que nenni ! Le saxophoniste californien déroule une espèce de jazz sans imagination tout droit venu des années 70 quand certains jazzmen de série B tentaient (en vain) d’impressionner la galerie dans le sillage de Miles Davis. Qu’on ne nous fasse pas croire qu’il s’agit là d’une quelconque émanation de la Great Black Music ! Rien à voir si ce n’est que ce monsieur veut se faire du fric avec du vieux en tirant sur les ficelles des musiques branchées. Édifiant cependant !

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Théâtre, première partie
Ce trio singulier fut constitué pour le projet « Mediums » enregistré en 2012 sur le Label La Buissonne et repris ensuite pour de nombreux concerts. Avant « Jack » (autour de Jack London) qui vient d’être créé ce printemps [1], Vincent Courtois avait voulu mettre en musique sa passion du cinéma en adaptant des « bandes originales » quelque peu oubliées. En positionnant son violoncelle au point d’équilibre entre les saxophones ténor de Daniel Erdmann et Robin Fincker (également à la clarinette), il nous propose un voyage musical insolite et sensible dans un langage pour lequel il invente de nouveaux codes au fur et à mesure de ses projets. On a pu percevoir que certains spectateurs sont encore un peu déroutés... Tant mieux, ça permet de mesurer le chemin qui reste à parcourir pour ouvrir grandes les oreilles encore un peu trop sélectives et sensibles ! Encore un bien beau moment de musique pour cette édition 2018.

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Théâtre, seconde partie
Comme l’écrivait Yves Dorison (pour CultureJazz) en 2012 à propos du groupe Hildegard Lernt Fliegen, « Depuis toujours il y a des extra-terrestres en Suisse, la preuve par la bande d’Andreas Schaerer... Toujours aussi inventif et délicieusement déjanté, »Hildegard« ne laisse au hasard que l’essentiel. Ils sont ainsi sûrs de nous surprendre et ne s’en privent pas... ». On a bien senti que le public coutançais a été emporté par cet OVNI à l’équipage composé de brillants instrumentistes dotés d’une vraie présence scénique et piloté par un fabuleux vocaliste qui pousse à l’infini les frontières du genre. « Doté d’une voix à la plasticité extraordinaire il se joue des plus grandes difficultés liées à l’improvisation et à l’interprétation contemporaine. Imitations instrumentales, scatting, bruitage, harmoniques, compositions, ouverture d’esprit. (...) Il possède ce quelque chose qui le rend unique, un bonheur irradiant, un sens de la composition et de la mélodie qui nous laisse ébahi devant tant de suaves beautés. » écrivait de son côté Pierre Gros (toujours pour CultureJazz) en avril 2018. Reprenant en formule réduite quelques extraits de sa « symphonie » The Big Wig avec d’autres compositions parfaitement calibrées entre finesse d’écriture et spontanéité du jeu dans l’improvisation en direct, Andreas Schaerer a réussi le concert parfait en offrant un des grands moments de ce festival 2018.
Avant ce concert, j’avais écouté Andreas Schaerer le 5 juin 2015 dans le cadre du festival Chinon en Jazz avec un projet remarquable, « Perpetual Delirium » où il invitait un quatuor de saxophones (disque chroniqué ici...). Pour l’anecdote, il rejoignit sur sur scène le duo Vincent Peirani - Émile Parisien qui lui succédait le même soir pour un final grandiose en trio. La genèse d’une rencontre qui a abouti depuis à des concerts et un disque ! (avec Michael Wollny sur ACT records).


Samedi 12 mai :

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Librairie OCEP
Journée « spéciale Raphaël Imbert » pour ma part ce dernier jour ! Pour commencer, à la librairie OCEP de Coutances, une « mini-conférence » et séance de dédicace autour du livre « Jazz supreme » (Editions de l’éclat - 2014. Édition poche en 2018). En condensé, Raphaël Imbert a retracé son parcours singulier de musicien autodidacte devenu chercheur en ethnomusicologie afin de comprendre, entre autres, comment la spiritualité pouvait occuper autant de place dans le jazz en s’appuyant que l’exemple de ceux qu’il appelle les initiés, les mystiques et les prophètes. Un éclairage historique et sociologique qui permet de donner du sens au rapprochement des musiques de J-S Bach et de John Coltrane outre le fait que l’un et l’autre étaient de grands improvisateurs inspirés. Un excellent (et utile préambule) avant le concert qui allait suivre dans la cathédrale.

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Cathédrale
En mai 2010, Raphaël Imbert jouait pour la première fois à Coutances dans la formation de Christophe LeLoil, E.C.H.O.E.S (ici...). Sortant du théâtre et regardant les flèches illuminées de la cathédrale, fierté de la ville, il me confiait que son rêve serait d’y jouer son projet « Bach-Coltrane » pour grandes orgues, voix, percussions et saxophone. Le disque était paru quasiment deux ans auparavant et avait interpellé, surpris, irrité ou enthousiasmé nombre de critiques tant cette réunion semblait a priori incongrue à l’époque. En 2018, pour fêter les dix ans de la sortie d’un disque qui continue de se vendre fort bien, le rêve est devenu réalité en double puisque deux concerts ont été programmés le 11 puis le 12 mai. Sortant de la conférence pourtant compacte de l’après-midi, tout semblait limpide et évident à l’écoute d’un concert à dimension très pédagogique (on connaît le goût du saxophoniste pour le verbe !) qui nous permet d’atteindre l’essence même d’une musique sans frontières passant de Purcell en ouverture à l’apothéose finale avec un thème d’Albert Ayler, musicien on ne peut plus marquant dans le cheminement musical de Raphaël Imbert. Bach y côtoie Coltrane (formidable interprétation de Crescent) grâce à un trio insolite dans lequel le saxophoniste dialogue avec André Rossi (grandes orgues) et Jean-Luc Di Fraya (voix -exceptionnelle !- et percussion). Les musiques se croisent, s’assemblent, se juxtaposent et tout semble naturel et sobre, limpide comme l’eau claire d’une fontaine provençale, du côté de Rognes par exemple, là ou a grandi Raphaël Imbert qui confirme qu’il est un des grands esprits du jazz d’aujourd’hui... Et donc indispensable et ça, on le sait et on l’écrit depuis belle lurette !

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Ainsi s’achevait ce parcours, une sorte d’élévation spirituelle finale qui appelait un retour au silence. Dont acte !

Bravo et merci !


[1On pourra lire le propos ébloui d’Alain Gauthier, le 3 mai à l’EuropaJazz festival 2018 - ici......!