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L’Appeal Du Disque - Février 2021

D 22 février 2021     H 05:00     A Jean-Louis Libois, Philippe Paschel, Pierre Gros, Yves Dorison    


| 00- LARRY CORYELL & PHILIP CATHERINE . The last call
| 01- CARL SCHLOSSER & ALAIN JEAN MARIE. We’ll be together again
| 02- ARCHIE SHEPP & JASON MORAN . Let my people go - OUI !
| 03- OLIVIER LAISNEY & YANTRAS . Monks of Nothingness
| 04- HUBERT DUPOND . Trio Kosmos
| 05- JAZZ LADIES . The singing pianists
| 06- LUCIE DE SAINT VINCENT, Collectif Trytone . Back to Bach
| 07- THIMOTEE ROBERT . Quarks
| 08- BENOIT DELBECQ . The weight of light
| 09- THEO BLECKMANN & THE WESTERLIES . This land
| 10- AIRELLE BESSON . Try !
| 11- ALEXIS BAJOT NERCESSIAN - LOWN
| 12- JOE LOVANO - TRIO TAPESTRY . Garden of expression
| 13- JOACHIM KÜHN . Touch the light - OUI !
| 14- STEPHANIE LEMOINE . Loves leaves traces
| 15- AZOLIA . Not about heroes - OUI !
| 16- PIERREJEAN GAUCHER . Zappe Satie - OUI !


LARRY CORYELL & PHILIP CATHERINE . The last call

Act Music

Larry Coryell : guitare
Philip Catherine : guitare

Jan Lundgren : piano
Lars Danielsson : contrebasse
Paolo Fresu : trompette

Enregistré en concert dans la série « Jazz at the Philharmonic », ce onzième opus du genre réunit cinq acteurs majeurs de la scène jazz. Plus encore ce disque enregistré le 24 janvier 2017 est le dernier dans lequel apparait Larry Coryell qui décéda subitement le 19 février suivant à l’âge de soixante-treize ans. Le retrouver une dernière fois en compagnie de Philip Catherine, avec lequel il enregistra en 1976 et 1978 les fameux duos « Twin house » et « Splendid » fut donc un plaisir. Certains thèmes joués viennent de cette époque lointaine (40 ans) et n’ont pas pris une ride et l’on perçoit à tous moments l’implication amicale qui unit l’américain et l’anglo-belge. Rejoints par Jan Lundgren, Lars Danielsson et Paolo Fresu sur les trois derniers morceaux, ils retournent aux standards. Catherine joue un Embraceable you swinguant, après quoi Coryell se lance dans un Bag’s groove de funambule avec Danielsson et d’ailleurs, ils se marrent franchement. Pour finir le cinq s’attaque ensemble à un Green dolphin street très relevé d’où suinte le plaisir de jouer ensemble. Un bel album en forme d’hommage qui ne déplaira à personne. Bien au contrraire...

Yves Dorison


https://www.actmusic.com/en/Artists/Philip-Catherine/Jazz-at-Berlin-Philharmonic-XI-The-Last-Call/Jazz-at-Berlin-Philharmonic-XI-The-Last-Call


CARL SCHLOSSER & ALAIN JEAN MARIE . We’ll be together again

Camilles productions

Carl Schlosser : flûtes
Alain Jean Marie : piano

Les duos piano / flûte ne sont pas légion dans le monde du jazz. Le seul que l’on ait à disposition chez nous n’est pas d’hier, c’est le duo de Jeremy Steig et Bill Evans (1969). Peu importe. Avec ce disque, Carl Schlosser et Alain Jean Marie font la part belle à des standards aux mélodies imparables (pléonasme). C’est donc intime, pétrie de sensibilité, toujours créatif et musicalement intelligent. Ce qui nous étonne est la date de l’enregistrement : 2002. Que s’est-il passé dans la tête des maisons de disques qui ont ignoré ce beau moment de musique ? On ne le saura jamais, mais l’on remercie Camille productions d’avoir exhumé ces bandes où les deux musiciens renouvellent, avec une grande complicité, l’approche de ces thèmes bien connus des amateurs de jazz mainstream.
Si Carl Schlosser est moins célèbre que son compère pianiste, il n’en demeure pas moins qu’il est un instrumentiste redoutable de précision et de finesse. Associé au lyrisme discret du légendaire guadeloupéen, son jeu fait merveille. Expressif dans l’intériorité et savamment empreint d’une forme rare de tendresse musicale, ce Cd dans son ensemble est un bel exemple de symbiose musicale entre musiciens inspirés.

Yves Dorison


http://www.alainjeanmarie.com/


ARCHIE SHEPP & JASON MORAN . Let my people go

Archieball

Archie Shepp : saxophones, voix
Jason Moran : piano

Archie Shepp et Jason Moran ont un point commun essentiel ; ils sont nés dans le sud des États-Unis, un en 1937 et l’autre en 1975. L’ancien, défricheur politique chez les free, jamais à court d’idées et d’excès, et le jeune, expérimentateur chez les modernes, jamais à court d’idées innovantes sur la musique de ses prédécesseurs, ne pouvaient que se rencontrer. Ils ne l’auraient pas fait que cela aurait manqué au jazz. Aussi éloignés qu’ils paraissent l’un de l’autre, en se plongeant dans les standards et le negro spiritual, une musique à l’éclat sombre, ils font résonner des combats toujours en cours et c’est poignant. Le lien qui les unit vit dans la fibre et la musique qu’ils créent ne peut sortir que de l’âme, sans intermédiaire. De fait, ils n’ont pas d’âge et les vagues mélodiques qui agitent leur musique commune sont un continuum d’émotions qu’ils transmettent sans filtre, en toute sincérité. Dans ce disque à la densité inaccoutumée, Archie Shepp et Jason Moran défient les genres et occupent un espace hybride où se fondent leurs personnalités, un creuset dans lequel coule un sang noir dont la pulsation vitale génère une expressivité déchirante et un lyrisme brut, sinon brutal au service d’un espoir insensé.

Yves Dorison


http://www.archieshepp.org/
http://www.jasonmoran.com/


OLIVIER LAISNEY & YANTRAS . Monks of Nothingness

Onze Heures Onze

Olivier Laisney : trompette, composition
Magic Malik : flûte
Romain Clerc-Renaud : claviers
Damien Varaillon : contrebasse
Franck Vaillant : batterie
Mike Ladd : rap

Messiaen et le rap réconciliés ? En tous cas conciliables, comme le montre avec brio dans son troisième disque en tant que leader , un autre Olivier, le guitariste et compositeur, Olivier Laisney par sa recherche formelle et le rap inaugural du chanteur Mike Ladd. Mais outre, que Messiaen n’est pas Boulez, Mike Ladd n’est pas le rap ! Le premier titre avec sa voix est, en effet, superbe. Le rap ici, loin de ses clichés, par sa musicalité propre, trouve naturellement sa place dans l’univers sonore de Yantras tandis que les interventions du trompettiste aussi bien que du flûtiste Magic Malik prolongent le chant du rappeur en toute liberté. Ce qui vaut pour le premier titre Spiral down est également vrai pour le second, Sonnet où la poésie clamée et l’ensemble instrumental s’amalgament naturellement sous les doigts inventifs de Romain Clerc-Renaud aux claviers. D’autres titres plus impressionnistes ou plus abstraits laissent entrevoir un univers sonore complexe quoique sensible qui doit beaucoup au styliste, le batteur Franck Vaillant.
Enfin, « messiaennisme » oblige, qui rend certaines compositions plus savantes au risque pour elles de perdre la force de l’évidence.
Album contrasté certes mais qui déploie une palette sonore riche et variée valant le détour !

Jean-Louis Libois


https://olivierlaisney.bandcamp.com/


HUBERT DUPONT - TRIO KOSMOS

Ultrabolic

Antoine Berjeaut : trompette, fx
Hubert Dupont : basse électrique, fx
Steve Argüelles : batterie, électronique

Fontenay-sous-Bois, septembre 2018. 49 mn.

À chaque disque, Hubert Dupond présente une nouvelle formule. Dans celui-ci, enregistré il y a plus de deux ans, c’est un trio (trompette, basse, batterie), formule rare, car la trompette a un son qui occupe peu d’espace sonore. Mais en fait, il s’agit ici plutôt d’un quartet, grâce à l’électronique, qui permet un soutien sonore ou d’avoir même plusieurs trompettes (Free an Blue). “Immersion” m’offre un démenti, un morceau tout à fait jazz, en trio, mais pendant moins de 3 mn.
Le premier morceau du disque “Bathyscaphe” est un morceau “groovy” en trio électronique-basse-batterie. La moitié à peu près des pièces sont dans ce style, en ajoutant la trompette ; ça carbure, ça chauffe. Les autres pièces utilisent souvent l’électronique d’une manière plus expérimentale.
Le batteur joue avec souplesse sans ces rythmes machinaux (machinistes) trop fréquents de nos jours, excellent solo dans le rythme sur “Upfront” ; il a un rôle primordial, souvent en solo ou en duo avec le bassiste ((Do Up). Inutile de dire que la basse électrique du lideur n’est pas en reste pour affirmer la musique. Le trompettiste joue avec brio et variété selon les morceaux.
Il faut mettre le volume adéquat, pour que la musique vous transperce et que la pièce vibre. Aïe les voisins !

Philippe Paschel


https://www.ultrabolic.com/trio-kosmos


JAZZ LADIES. The singing pianists, 1926-1961

Frémeaux

3 disques, notices complètes., 3 h 44 mn.

Ce coffret fait suite à celui qui était consacré aux femmes musiciennes (Jazz Ladies, 1924/1962, Frémeaux). Le texte de présentation, signé par les deux compilateurs, Jean-Paul Ricard et Jean Buzelin, décrit la place des femmes pianistes dans le jazz au fil du temps ; chacune a une notice individuelle, avec une photo s’il en existe. Sur les trente pianistes-chanteuses, je dois avouer n’en connaître que neuf et n’en avoir vu que deux sur scène (Nina Simone et Shirley Horn).
Les morceaux sont classés de façon plus ou moins chronologiques (1926-1961 / 1930-1961 / 1944-1961). Les cinq dernières plages de chaque disque sont consacrées aux origines du chant : gospel, blues et boogie -woogie. La qualité sonore est bonne
Ce sont les chanteuses qui ont retenu mon attention, plus que les pianistes. On retrouve avec plaisir Julia Lee, Una Mae Carlisle, Rose Murphy, Jery Southern, Blossom Dearie. Pas de grandes découvertes, mais je noterai particulièrement le timbre voilé de Cleo Brown (disque 1) et le piano énergique de Nelly Lutcher (disque 2). Je me souviens avoir vu Sarah Vaughan et Carmen McRae, absentes de la compilation, jouer du piano, mais, peut-être n’existe-t-il pas d’enregistrement libre de droits. On entend d’excellents groupes qui accompagnent ces dames et de bons solistes, mais ce n’est pas leur tour.

Philippe Paschel


https://www.fremeaux.com/index.php?page=shop.product_details&category_id=64&flypage=shop.flypage&product_id=2034&option=com_virtuemart


LUCIE DE SAINT VINCENT-COLLECTIF TRYTONE-Back to Bach

Paraty

Lucie Chartin : chant
Joao Driessen : saxophone
Lucie de Saint Vincent : piano
Mihail Ivanov : contrebasse
Joan Térol : batterie

L’idée de marier J.S Bach à d’autres styles musicaux qu’ils soient contemporains ou venus d’ailleurs n’est pas nouvelle et nous n’y reviendrons pas tant elle imprègne l’histoire de la musique par ses cotés aussi bien techniques que purement musicaux. On imagine volontiers les joutes que devaient et doivent se livrer les organistes d’hier et d’aujourd’hui, leur faculté toujours vivante à improviser des ornementations ou des cadences sur des thématiques venant des fonds grégoriens ou luthériens comme pour les boppers sur la trame d’I Got Rhythm. Là n’est pas notre propos, la clarté des lignes et l’harmonie, le rythme du grand maitre baroque, sa faculté à transgresser lui-même ses propres compositions à les transposer, tout se prête au respect et à l’irrévérence. Les improvisat.eur.rice.s du collectif Trytone créé et dirigé par la pianiste Lucie de Saint Vincent ne s’y sont pas trompés se nourrissant de l’universalité du corpus bachien. Lucie a su trouver notamment dans les arias et les préludes soit une ligne, un contrepoint, soit une suite harmonique, une formule rythmique qui permettra de faire cette transition, où baroque et jazz trouveront leur lieu commun. Ce sont ces passages sur le fil, qui nous ont séduit évitant le collage et permettent de briser les frontières, de rassembler. Sans oublier la qualité des solistes mais aussi de la chanteuse Lucie Chartin qui malgré un parcours presque totalement dévolu au monde de la musique européenne, arrive à se fondre dans cet ensemble en apparence hétéroclite. Ces moments, cette idée du partage comme l’a dit Nadia Boulanger « sans ligne de démarcation nette » par les temps courts est ce qui nous interpelle comme la musique de ce disque.

Pierre Gros


https://www.luciedesaintvincent.com/


TIMOTHEE ROBERT . Quarks

La pluie chante

Olivier Laisney : trompette
Melvin Marquez : saxophone ténor
Nicolas Derand : claviers
Timothée Robert : basse
Pierre Berne : batterie

Invités
David Linx : voix
Emmanuel Codja : guitare
Armel Dupas : claviers
Robinson Khoury : trombone
Maciek Lasserre : saxophone soprano
Baptiste Ferrandis : guitare
Charly Sy : DJ scratch

Tous les signes extérieurs de la modernité en jazz semblent avoir été convoqués -ou presque- dans ce second opus du contrebassiste Timothée Robert. Improvisation, écriture, création collective donnent à l’ensemble une variété contrastée. Il n’est pas jusqu’aux explications savantes, livrées en amont, qui ne viennent éclairer le propos. Les quarks qui lui donnent son titre ont pour noms poétiques S Strange, C Charm…, tout en éclairant les compositions . De l’association de ces quarks, naissent des particules composites, à l’image de ce quintette qui emporte sur son passage rien moins que sept autres musiciens tandis qu’enfin leur interaction fait figure de modèle pour ces musiciens réunis. Quarks, mode d’emploi : il ne reste plus qu’à écouter ! Le ton résolument moderne, est donné d’emblée par le quintette avec le titre « 36 » avant qu’il ne connaisse, au fil des titres, c’est-à-dire au gré des invités, de sensibles variations. Comment ne pas voir, en effet, la marque de fabrique du DJ Charles Sy dans « L ‘habit ne fait pas le moine » ou bien celle du chanteur David Lynx dans « Into the night » ou bien dans « Starless ». On pourrait ajouter la couleur mélodique du pianiste Armel Dupas (« Lunatique avenue »)… Ainsi atomisée, l’inspiration risquait de se diluer là où par la mécanique des matières, énoncée par le bassiste omniprésent et la complicité des autres musiciens du quintette, elle se fond volontiers avec les partitions individuelles imaginées. Une manière d’exploit et une vraie curiosité.

Jean-Louis Libois


www.inouiedistribution.org


BENOIT DELBECQ . The weight of light

Pyroclastic Records

Benoit Delbecq : piano

S’il est un maître du piano préparé en France, l’on peut affirmer sans erreur que c’est Benoit Delbecq. Son album solo qui paraît chez Pyroclastic Records, belle maison qui soutient des artistes tels Marylin Crispell, Eric Revis, Craig Taborn et quelques autres, le démontre une fois de plus. Mais, en soi, cela ne suffit pas pour faire un beau disque. Au-delà de la technique et de ses astuces, il faut des idées, des désirs et une vision constitutive d’un univers musical. Il se trouve que le pianiste possède tout cela et c’est la raison pour laquelle il est reconnu dans le monde du jazz. Dans ce disque où les lignes brisées sont autant d’indices de la mélodie en cours, dans ce disque où les structures percussives sont aussi présentes que retenues, Benoit Delbecq impose une sorte de suite cellulaire articulée autour de transitions multiples qui définissent les contours visuels de son propos musical, un propos dont le mouvement pour indistinct qu’il puisse sembler n’en est pas moins cohérent. Dans cette musique suspendue, les ombres découpent la lumière et, qui sait, l’inverse est peut-être également valide. En demi-teinte, et en apesanteur, les textures développées par le pianiste suggèrent que sa vision de la forme dépend du mouvement ; ce qui nous rappelle le jeu de certains batteurs coloristes plus attachés aux volumes de l’espace qu’à la rythmique à proprement parler. D’un bout à l’autre, « The weight of light » donne à écouter une introspection légèrement irradiante et densément interrogative sur un ressenti personnel qui tend vers l’universel : est-on plus léger sans lumière ?

Yves Dorison


https://delbecq.net/bd/bd2.html


THEO BLECKMANN & THE WESTERLIES . This land

Westerlies Music

Theo Bleckmann : voix & électronique
Riley Mulherkar : trumpet
Chloe Rowlands : trumpet
Andy Clausen : trombone
Willem de Koch  : trombone

Ce disque est né après une résidence, en 2018, durant laquelle les musiciens se sont interrogés sur le pouvoir des chants de résistances, et d’autres appelés chants de refues et leurs capacités de réconfort. Alors en plein tumulte trumpien, les quatre vents et le chanteur sont retournés à la source américaine de la protest song, Woody Guthrie. Ils ont également convoqué Joni Mitchell et Bertolt Brecht, sans oublier d’ajouter quelques compositions originales. Ils balaient ainsi le passé esclavagiste de l’Amérique, les tensions raciales d’une société qui n’en n’a toujours pas fini avec la violence primitive et des interrogations plus personnelles nées du contexte premier. L’ensemble est coloré et souvent très prenant. Certaines plages sont plus méditatives. Les vents font merveilles et accompagnent Theo Bleckmann, un chanteur particulièrement inspiré dont le timbre s’accorde à chacun des thèmes enregistrés. Nous ne sommes certes plus vraiment dans le jazz et pourtant nous avons spontanément fait un lien entre ce travail et celui de Bruno Tocanne avec le trio résistances ou encore le libre ensemble. Si un océan le sépare, la lutte, elle, se fout de la géographie.

Yves Dorison


https://thewesterliesmusic.bandcamp.com/album/this-land


AIRELLE BESSON . Try !

Papillon jaune

Airelle Besson : trompette
Benjamin Moussay : piano, Fender Rhodes
Isabel Sörling : voix
Fabrice Moreau : batterie

Quatre ans après le premier album du quartet ici à nouveau réunis, Airelle Besson remet le couvert avec la même réussite. Bien que ce « Try ! » apparaisse un peu plus libre dans son écriture, les quatre participants qui avaient créé une musique d’alchimiste n’ont pas perdu la veine. Ils sont toujours capables de nous faire voyager sur des mélodies entêtantes, aériennes et marquées, profondément, par une qualité mélodique plutôt rare par les temps qui courent. Si le chant d’Isabel Sörling lié au jeu délicat d’Airelle Besson fait merveille, Benjamin Moussay et Fabrice Moreau ne sont pas en reste pour donner une ossature solide qui soutient l’ensemble avec une très souple rigueur. Original dans l’idée, plutôt classiquement moderne dans l’interprétation, ce disque possède le charme des musiques qui, ne parlant que pour elles-mêmes, parlent au plus grand nombre. Non dénuée de souffle, elle se livre à l’espace en toute intimité et nous embarque à ses côtés dans ses histoires avec une aisance déconcertante. Recommandé.

Yves Dorison


http://www.airellebesson.com/pages/


ALEXIS BAJOT NERCESSIAN - LOWN

Coolabel

Alexis Bajot-Nercessian : piano, kalimba, compositions
Pierre Demange : batterie
Léo Jeannet : trompette et bugle
Amina Mezaache : flûte
Hugo Rivière : contrebasse
Nils Wekstein : percussions

Invités :
Andrea Romani : ney (4)
Ellinoa : chant (12)

Il paraît que le mot « lown » signifie couleur en persan. A cette aune, le disque d’Alexis Bajot Nercessian et de ses très complices musiciens n’en manque aucunement. Tout comme il ne fait pas l’économie du rythme. Assise entre Orient et occident, la musique du groupe emprunte avec bonheur aux différentes formes d’expressions musicales à sa disposition sur les aires géographiques qu’il a choisi d’arpenter. Toujours parfaitement mélodique, sa musique possède des textures et des couleurs variés, sinon chatoyantes. Avant de se consacrer à la musique, le pianiste leader fut ingénieur, diplomate et globe-trotter. C’est de cette itinérance riche de rencontres et de sonorités qu’il tire aujourd’hui sa musique. Bien accompagné, il sait inventer des espaces musicaux multiculturels qui intéresseront bien des auditeurs par leurs qualités intrinsèques. D’un titre à l’autre le groupe expose des univers différents, jamais divergents, plein de saveurs.

Yves Dorison


https://www.lownjazz.com/


JOE LOVANO – TRIO TAPESTRY . Garden of expression

Ecm

Joe Lovano : saxophone
Marilyn Crispell : piano
Carmen Castaldi : Batterie

Avec le deuxième album de son trio Tapestry, Joe Lovano enfonce le clou. A 68 ans, le natif de Cleveland n’a plus rien à prouver et n’a qu’une envie, faire la musique qui l’habite. Avec les épatants Marilyn Crispell et Carmen Castaldi, il livre ici une musique qui s’éloigne de son port d’attache et va naviguer dans des zones où l’aventure est encore possible. Il en sort une musique au sein de laquelle l’interaction n’est pas un vain mot. Les trois musiciens sont symbiotiques et évoluent en creux dans un espace sans réelle limite. C’est spirituel et feutré, souvent suspendu et économe. En toute circonstance la sensibilité des interprètes s’affiche et se mêle dans des digressions improvisatoires qui nous ont parue toujours naturelles. C’est aussi une musique spatiale, notamment grâce au jeu très ouvert du batteur. Les sonorités et leurs couleurs forment des palimpsestes de pastels se révélant au final intenses et sujets au miroitement discret. Joe Lovano semble dans ce contexte glisser sur les ondes mélodiques que le trio produit. Propice à l’envoûtement, cet enregistrement est de bout en bout captivant.

Yves Dorison


http://www.joelovano.com/


JOACHIM KÜHN . Touche the light

Ecm

Joachim Kühn : piano

Dans ce disque de ballades enregistrées sur un peu plus d’une année, Joachim Kühn va glaner en tout point du spectre musical les thèmes qu’il a aimé et aime encore ; et cela constitue une playlist hétérogène que seul un immense pianiste peut gérer sans se planter. Mais il eut été surprenant que nous fussions déçus par le pianiste allemand, comme on dit. De fait, à chaque morceau, on le sent très relâché dans son jeu et tout aussi affûté sur la réinvention en cours. Qu’il exhume le vieux Ludwig ou un thème iconique de Marley, il en tire toujours quelque chose qui accroche l’oreille et séduit. Plutôt économe de ses notes dans ses relectures, Joachim Kühn a tout fait sur son Steinway personnel, chez lui, et les treize morceaux présents dans l’album sont une sélection issue d’une quarantaine de titres, quelquefois plusieurs versions d’un même thème, envoyés à Siggi Loch. Et pour être tout à fait franc avec vous, nous aimons tellement ce disque que l’on n’a rien à en dire. Nous préférons l’écouter.

Yves Dorison


https://www.actmusic.com/en/Artists/Joachim-Kuehn


STEPHANIE LEMOINE . Loves leaves traces

Mix up jazz

Stephanie Lemoine : voix, compositions
Amélie Payen : voix, arrangements
Jeff Ludovicus : batterie
Laurent Salzard : basse
Pierre-Antoine Clamadieu : piano, rhodes, arrangements
Laurian Daire  : orgue hammond
Jérémie Tepper  : guitare
Vincent Echard : trompette
Hamza Touré  : saxophone ténor

De Stéphanie Lemoine nous ne savons pas grand chose. Alors reconnaissons à la première écoute une vocaliste qui possède une voix suffisamment souple pour se permettre des audaces et au delà, quelques qualités d’interprétations. Sa musique est mâtinée de soul, de pop et de jazz, n’hésitant pas à réinterpréter des grands standards du great song book étasunien. Pourquoi pas, ces chansons n’ont, après tout jamais appartenu qu’à la comédie musicale, autant s’en servir comme bon nous semble. La chanteuse nous propose également ses propres textes (en français ou anglais) et compositions. Un disque parfaitement produit, aux qualités sonores indéniables, agréable à écouter, des arrangements sophistiqués mais qui deviennent à notre gout un peu trop répétitifs réutilisant parfois les mêmes principes (Rhodes, cordes, choristes) et qui hésitent parfois entre plusieurs univers sans jamais clairement choisir lequel, ainsi quelques titres nous ont semblé superflus. Soulignons cependant un réel plaisir à jouer une musique qui a, et c’est son principal atout, l’accent de la sincérité.

Pierre Gros


http://Stephanielemoine


AZOLIA . Not about heroes

Jazzwerkstatt Records

Sophie Tassignon : voix
Susanne Folk : saxophone alto, clarinette, voix
Lothar Ohlmeier : saxophone soprano, clarinette basse
Andreas Waelti : contrebasse

Wilfred Edward Salter Owen, poète anglais reconnu pour la profondeur et l’originalité de ses poèmes sur la grande guerre, meurt le 04 novembre 1918 à Ors (59) une semaine avant la fin de la guerre. Il est alors âgé de 25 ans. C’est après une première blessure en 1917 qu’il écrira la majeure partie de son œuvre. Le retrouver dans un disque enregistré en 2019 nous a étonnés et ravis, Le quartet Azolia, emmené par Sophie Tassignon et Susanne Folk, complété par Lothar Ohlmeier et Andreas Waelti, pose sur les mots un regard intime qui accompagne d’une lueur douce la sombreur des écrits du poète. Dans cet enregistrement acoustique, les voix et les instruments portent la parole première du soldat lettré, en mêlent les lignes sans aucune surcharge ; tout est finement dessiné, articulé et projeté afin d’illustrer sa voix. Écrire un ensemble de compositions, à la musicalité quasi pointilliste, sur des textes baignés des terreurs vécues dans cette guerre industrielle broyeuse d’innocents relevait du haut fait. Le quartet Azolia, avec une aisance pétrie de sensibilité, de justesse et d’à-propos, l"a réalisé et permettra, qui sait, à Wilfred Owen de rencontrer un lectorat plus conséquent, ailleurs qu’en Angleterre. Quant au quartet dont c’est le troisième disque, l’on espère que sa visibilité sera bientôt à la hauteur des talents qui le composent et de leur exigence musicale. Vivement recommandé.

Yves Dorison


https://azolia.net/.
https://poets.org/poems/wilfred-owen


PIERREJEAN GAUCHER . Zappe Satie

Absilone-Socadisc

Pierrejean Gaucher : guitares, compositions
Quentin Ghomari : trompette
Robinson Khoury : trombone
Julien Soro saxophones : clarinette
Paul Vergier : saxophones
Thibault Gomez : piano Fender Rhodes
Alexandre Perrot : contrebasse
Ariel Tessier : batterie

Eric Satie c’est le modèle des anti-modèles. Inclassable, iconoclaste et libre, incertain peut être de lui même comme de sa musique, maniant l’autodérision et l’humour avec tout le sérieux qu’il se doit. Personnalité complexe et au final attachante et charismatique, sa musique lui ressemble comme un poiré, c’est dire sa poésie que nous aurions tort de limiter au gymnopédies. Pierrejean Gaucher y croque à pleines dents, sans oublier d’y mêler la moustache de Frank Zappa, son autre tentation. Le mélange y est à la fois doux et électrique. Comme les différentes scènes d’un théâtre musical, les plages s’enchainent laissant entrevoir tout un imaginaire qui sied si bien à ces deux créateurs. L’écriture de Pierrejean, sa science, son savoir le lui permette et de nous proposer un album abouti laissant une belle place aux improvisations, tant à lui même qu’à ses compagnons de route. Ça développe danse et groove, Rhodes, trompette, trombone, sax, rythmique colorisent un univers aux reflets quasi inépuisables. Encore fallait il en avoir conscience. Nous on aime beaucoup. Et dire que l’homme au binocle est mort dans la misère sans voir le devenir de son art ce qui nous semble tout à fait incongru à l’écoute du nouvel opus de Pierrejean Gaucher !!!

Pierre Gros


https://www.pierrejeangaucher.com/fr/


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