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Ténors du saxophone : Barney Wilen & Tony Malaby

D 7 janvier 2022     H 05:00     A Yves Dorison    


| 00- BARNEY WILEN . French Ballads- OUI !


| 01- TONY MALABY’S SABINO . The Cave Of Winds- OUI !


BARNEY WILEN . French ballads

Elemental Music

Barney Wilen : saxophone
Michel Grailler : piano
Riccardo Del Fra : contrebasse
Sangoma Everett : batterie

Voici donc une réédition augmentée et soignée, sous la férule de son fils, des « French ballads » de Barney Wilen. Le disque appartient à la dernière période musicale de sa vie, celle où il revient à ses fondamentaux après des années de quête, et c’est une pépite (on le sait depuis longtemps) qui reprend vie sur notre platine grâce à la matrice originelle et aux quatre titres inédits. Ces derniers ne dépareillent d’ailleurs pas en qualité intrinsèque avec les morceaux que nous connaissions déjà. Alors que dire ? C’est pur bonheur de retrouver la sonorité fluide caractéristique du niçois, son phrasé ondoyant et souple, qui dès son jeune âge était considéré comme le seul européen pouvant tenir aux maîtres amerloques du saxophone. A l’écoute, encore aujourd’hui, nous en serions convaincus si l’on ne pensait pas qu’il en dépassât un bon nombre… Accompagné dans cet enregistrement par une triplette de haut vol pur swing augmenté, Michel Grailler impérial, Riccardo Del Fra et Sangoma Everett dans la même veine, le saxophoniste peut promener sa classe sans entrave et dérouler son jeu inspiré sans anicroche, à tel point que le quartet tutoie bien souvent les sommets du genre. Ce qui nous amène à la question suivante : comment est-il possible que Barney Wilen, aussi respecté qu’il paraisse par le milieu, n’est pas chez nous l’aura qu’il a dans d’autres coins du globe, notamment au japon ? Sa carrière entre bop et recherche avant-gardiste est un modèle du genre. Free avec les premiers énervés, world avant la mode, bop ultime pour boucler une boucle qui se referma bien trop tôt, il est plus que probable que ce désintérêt discret, avec une dose d’incompréhension, soit dû à l’altitude à laquelle il naviguait. Bien trop haut pour le bas monde des laborieux ; ce qui nous fait penser que la solitude des géants existe ; on l’entend quand Barney Wilen souffle et sublime son saxophone.

Yves Dorison


https://www.facebook.com/barneywilen/


TONY MALABY’S SABINO . The cave of winds

Pyroclastic Records

Tony Malaby : saxophones tenor et soprano
Ben Monder : guitare
Michael Formanek : contrebasse
Tom Rainey : batterie

Le plus gros avantage que possède Tony Malaby sur Barney Wilen, c’est qu’il est vivant. Si l’on ajoute que son univers éminemment personnel le place dans la catégorie des musiciens respectés et admirés par ses pairs, il a un point commun avec le français. Après c’est une autre affaire, pas la même époque et une démarche plus linéaire dans l’exploration de sa ligne créative. Dans ce disque, c’est de cela qu’il s’agit : aller creuser, toujours plus profond dans la matière, chercher le point d’incandescence dans le noyau et laisser l’inventivité des protagonistes éclater au grand jour. D’un cycle à l’autre, Malaby et ses compagnons de jeu se plongent dans des affres mystérieuses d’une vaste curiosité sonore où ils sont tour à tour tempétueux et intimistes. A l’écoute, l’on est pris successivement par les variations hypnotiques du langage malabien et par les formes improvisées du collectif qui dégage une à une les barrières qui pourraient nuire à leur expression. Bien que chacun des membres du quartet aient des personnalités fortes, ils trouvent un terrain d’entente fructueux qui magnifie les espaces arpentés dans cet album. C’est de fait un disque où l’abondance ne nuit pas. Elle est bien au contraire le socle sur lequel la musique du saxophoniste s’épanouie en interagissant avec des musiciens jouant sur un pied d’égalité avec lui. Entre tradition et intrépidité, cet enregistrement bouscule agréablement l’auditeur en le forçant à prendre de la hauteur pour mieux apprécier le panorama.

Yves Dorison


https://www.facebook.com/tonymalabymusic/